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A.S.P.C : Après tant
d’années, pourquoi s’être lancé maintenant à la tête du
comité ?
Emile Largen :
Il y a un proverbe qui dit qu’on n’est jamais mieux servi
que par soi. Donc, en tant que fils de marin pêcheur d’une
part, en tant que professeur d’éducation physique d’autre
part, je me devais de prendre les rênes de cette association
qui veut défendre le gommier dans toute sa dimension afin de
mieux asseoir m’éthique, la politique à mettre |
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en place. Je dis éthique
parce que le gommier est notre plus ancienne racine nautique et
nous l’avons toujours répété ? C'est-à-dire que nous concevons
la Martinique comme une île, mais une île qui est dans la
Caraïbe. Donc ; sans faire de nombrilisme, il faut établir les
liens réels qui existent, les liens d’histoire. Or, en revenant
en arrière, on trouve le gommier, voir la pirogue, dans toute
l’histoire précolombienne. Nous avons un support de choix qui
nourrira nos réflexions.
A.S.P.C : Est-ce que le « Trait d’Union » va en ce sens ?
E.L : Absolument, c’est moi qui ai dénommé ce genre de
manifestations « trait d’union ». Cela veut dire qu’on compte
sur ses propres forces ; maintenant, il y a des moyens beaucoup
plus sophistiqués d’être sportif mais je dis souvent : « fo’w fè
épi sa ou ni » (il faut faire avec ce que nous avons). Ce que
nous avons, c’est ce gommier qui peut nous transporter ; parce
que ; « an tan lontan » (avant), les marins traversaient le
Canal de la Dominique pour le transport des marchandises et de
personnes. Et même pendant la guerre, il n’y a pas longtemps,
les dissidents ont été transportés par le gommier. Donc, en ce
sens, si les gens devaient se rendre d’un point à l’autre d’une
île par ce truchement là, maintenant que nous avons évolué, nous
ne devons pas mettre au rebut ce genre de chose. Nous le prenons
sur le plan sportif : la traversée du Canal de la Dominique est
un défi sportif. En plus, cela nous amène à aller vers une autre
île où il existe des gens qui traversent autrement que nous :
les Amérindiens, les derniers Caraïbe, qui vivent en territoire,
parce qu’ils ne sont pas mélangés totalement au reste des
Dominiquais (on a même appelé cela « réserve » mais c’est une
connotation péjorative). Donc, c’est une manière pour nous de
dire : « pli pré cloché sé légliz », on va à la rencontre de ces
gens-là pour échanger avec eux parce qu’ils ont forcément des
choses à nous apprendre et nous des choses à leur apporter. Et,
si on a mis ce 1er trait d’union voile sous le signe des
Amérindiens, c’est pour bien encrer cette relation là et montrer
qu’on peut établir un partenariat fort. Les Amérindiens sont les
derniers constructeurs authentiques de gommiers, qu’ils
utilisent pour la pêche et pour le sport. Nous, nous avons un
autre cadre institutionnel, nous sommes à la civilisation des
loisirs. Donc, je pense que la Caraïbe peut avoir un vecteur
commun qui est le gommier et, à terme, ce qu’on voudrait, c’est
qu’on puisse échanger et pourquoi pas s’opposer, se mesurer sur
une embarcation caribéenne qui serait le gommier. Bientôt, je
pense qu’on pourra dire « les Jeux de la Caraïbe sur
embarcations traditionnelle ». Et, on aura aussi bien les
Dominiquais, les Sainte-Luciens, les Barbadiens ; tout le peuple
de la Caraïbe pour faire du métissage car le gommier peut
fédérer ces gens-là. La mer ne fait pas de distinction. Je crois
qu’on peut la traverser et rencontrer tout ce peuple de la
Caraïbe.
Ce qui est important pour nous, c’est d’engager des jeunes dans
cette dynamique pour qu’enfin, on établisse des relations
vraiment amicales au delà des clivages politiques puisque tout
le monde connaît l’histoire de la Caraïbe : c’est un coup de
dés, un hasard qui fait qu’on est français, on ne l’a pas
choisi. Nous savons d’où nous venons et c’est à nous de
gouverner notre gommier pour qu’on n’aille pas à l’échec. Je
crois que le peuple de la Caraïbe se doit de se rassembler car
on ne peut pas faire autrement..
A.S.P.C : Quelles sont les grandes lignes du comité au niveau
du développement du gommier en Martinique ?
E.L : Nous avions constaté que, de plus en plus, les
gommiers de compétition disparaissaient. C’était du, d’une part,
à un vieillissement des acteurs et, d’autre part, à une mauvaise
politique puisque, avant le gommier était un moyen de pêcher
donc nous avions des marins pêcheurs en compétition mais, les
bateaux de pêches ont remplacé ces embarcations là. Il fallait
donc absolument revenir par une formation si on veut pérenniser
la pratique. Il faut, pour refaire peau neuve au niveau des
acteurs, passer par des écoles d’initiation. Il faut introduire
le gommier à l’école mais le problème que nous avons aussi,
c’est que le matériel pédagogique n’est pas adapté. Donc, le
programme du nouveau conseil d’administration que j’ai
l’avantage de présider, c’est de mettre en place une logistique
avec des kits écoles pour permettre aux enfants dès l’âge de 7
ans de découvrir cette pratique là. Et, à terme, si l’enfant
aime cela, on peut espérer voir beaucoup plus de gommiers en
compétition. Mais, disons que, si l’aspect compétition, c’est
une chose intéressante, il y a des pistes éducatives et
socioculturelles qui sont aussi enrichissantes. Donc, je joue
ces 2 cartes là dans la mesure où un pays sans histoire, sans
mémoire, c’est un pays qui est perdu et, comme nous sommes
souvent considérés comme un peuple consommateur, je dis que la
1ère consommation qu’il y a à faire, c’est la consommation de la
voile traditionnelle et du gommier qui est finalement le plus
authentique bateau de la Caraïbe. La politique qu’on mènera
consistera à armer les écoles de voile présentes (Californie,
Trois-Ilets et Sainte-Luce). D’autre part, le bénévolat, c’est
bien beau mais dans un pays de chômage c’est une hérésie donc,
nous incitons les jeunes de 16-17 ans à se former, à préparer
les diplômes pour que, eux, ils soient capables d’enseigner et
de transmettre ce patrimoine là.
A.S.P.C : Comment vous situez-vous par rapport à la yole, qui
est plus populaire que le gommier ?
E.L : La yole, c’est un produit ; les gens qui l’animent ont
joué le jeu, ils se sont structurés en société, je dirai
commerciale. C’est très bien pour eux. La seule chose que je
dénote, c’est que, je pense que dans une île, il ne faut pas
qu’il y ait concurrence. C’est peut-être une déformation de ma
part, mais je dis que la voile traditionnelle est une et
quelques soit le support, il faudrait qu’il y ait consensus.
C’est vrai qu’ils ont le vent en poupe, mais les propos
vexatoires de la part de certaines personnes qui tentent de
faire un distinguo, je dis non. Il y a 2 pratiques de voile
traditionnelle, une sur yole, l’autre sur gommier ; elles ont
des ressemblances à certains moments, mais il y a des
différences. Les gens de la yole ont fait un travail, qu’ils en
profitent ; je ne tirerai pas dans leurs pattes mais, je ne
supporterai pas non plus que les gens dénigrent tel ou tel
pratique. Personnellement, je suis pour les 2 pratiques. La
preuve, c’est que dans l’école de voile que j’ai créé, j’ai
autant de bébé yole que de bébé gommier. Je dis que ces 2
composantes là doivent aller de paire et j’aurais aimé, avant de
disparaître de ce monde, voir un produit voile traditionnelle
avec un label de qualité mettant les 2 embarcations sur la même
vitrine. Je prends le cas du Tour des Yoles, je trouve navrant
qu’on ne puisse pas présenter aux touristes la réalité de la
Martinique : la yole, oui, mais le gommier aussi. Chaque fois
que j’ai pu, j’ai invité ces gens là : sur le trait d’union sud
(ndlr : vers Sainte-Lucie, l’an dernier), il y avait 3 yoles,
c’était 3 amis, ce n’était pas la société des yoles. Sur le
trait d’union nord, il y aura un ami : Georges-Henry Lagier. Je
fais la différence entre une pratique éducative, touristique et
la compétition. Nous ne sommes pas au stade de savoir quelle
embarcation va le plus vite, ils ont peur de cela mais, c’est
leur problème. Je pense qu’il nous faut montrer une certaine
cohésion ; la mer est une, le vent est un. Et les autres voiles
nous l’ont montré. Quand il y a les transats, il y a des
multicoques, des monocoques ... on fait un classement par
catégories et RIEN n’empêche aux responsables de la société des
yoles de nous faire une ouverture. Je crois qu’il est temps,
enfin, de proposer aux gommiers de pouvoir participer à un Tour
de Yole. Le jour où cela se fera, on aura fait un progrès dans
ce pays.
ASPC : Qu’est-ce qu’on
peut vous souhaiter ?
E.L : Hé bien, longue vie, meilleure santé puisqu’il y a des
hernies discales qui me surveillent. Ce que je voudrais, c’est
que le Martiniquais n’agisse pas par réflexe mais par réflexion.
Ce pays là est petit, il nous faut valoriser tout ce que nous
avons. Or, le gommier fait parti d’un patrimoine, vivant, commun
à la Caraïbe. Donc, si vraiment, on veut avoir une identité, si
on veut avoir un label de qualité, on peut s’ouvrir au monde,
puisqu’on parle de mondialisation, avec ce bijou que nous avons.
Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, il y avait la société des
yoles et gommier ; le fait d’avoir couper cela, on a régressé.
Le souhait pour moi, c’est qu’il y ait un motus vivendi pour que
yole et gommier aillent « ensemble-ensemble », comme disait Mona
« épi motivation ». La motivation, c’est de sortir grandi d’une
pratique et faire en sorte que le monde nous voit autrement.
Emile
Largen a souhaité faire parler le barreur du gommier Freedom,
Christian Bellay, qu’il a initié à la pratique et qu’il
considère comme son fils.
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Christian Bellay
: Dès le plus jeune âge, il m’a eu ; j’ai eu la
chance d’être formé à l’école de voile et par la suite,
trouver la voile traditionnelle avec encore Emile Largen.
C’est la suite normale des choses. Le nouveau comité a
bien pris les choses en main, ils essaient d’innover. On
a retrouvé la Côte Caraïbe comme au début, de
Grand-Rivière à Sainte-Anne. |
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Là, on part en Dominique et
puis, il y aura après le trait d’union sud, à Sainte-Lucie. Je
pense que le gommier est en train de retrouver sa place dans la
voile traditionnelle et dans le sport en général
ujc |