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Roger
Salnot peut être fier du parcours de la Guadeloupe |
Le fruit du travail
Une semaine après la défaite de la Guadeloupe face au Mexique en
demi-finale de la Gold Cup, nous avons interrogé Roger Salnot
sur ce véritable exploit réalisé par la sélection aux Etats-Unis.
Le sélectionneur pense, en toute simplicité, que le travail
effectué depuis un certain temps en compagnie de son adjoint
Alex Parnasse et de l'encadrement technique de la sélection à
porter ses fruits. Il est prêt à poursuivre ce travail pour les
prochaines échéances...
ASPC : Une semaine après, vous rendez-vous compte de
l'exploit que vous avez réalisé avec la sélection de Guadeloupe ?
RS : Je crois que l'exploit se matérialise à partir des
félicitations qu'on reçoit à ce jour. Pendant la compétition, on
n'avait pas porté importance à l'éclat que cela avait en
Guadeloupe. C'est à notre arrivée qu'on a senti qu'il y avait
une effervescence qui s'était passée au niveau de la Guadeloupe
et que le public avait fédéré autour de cette manifestation pour
nous soutenir.
ASPC : Qu'avez-vous pensé de cet accueil à l'aéroport à votre
arrivée en Guadeloupe ?
RS : Pour une arrivée très matinale (4 heures du matin),
on a trouvé qu'il y avait beaucoup de monde ; les pompiers ont
manifesté à travers leur sirène. Il y a eu un certain nombre de
personnes qui sont venus nous accueillir, que ce soit des
parents ou la population. On avait quelques informations mais,
c'est là qu'on a vraiment vu que c'est une compétition qu'ils
ont tous vécu devant leur télévision en nous supportant. Je
crois que c'est une bonne chose que, lors de ces moments, les
Guadeloupéens se solidarisent.
ASPC : Est-ce que vous espérez que cet engouement va se
poursuivre sur le championnat ?
RS : J'aurais souhaité que ces retombés puissent
continuer lors des championnats mais, sitôt cette compétition
passée, on a la Coupe des Champions et on n'a pas ressenti cet
engouement des gens derrière l'Étoile (ndlr: éliminatoires de la
Coupe des Clubs Champions d'Outremer qui se déroulent en
Guadeloupe actuellement). Est-ce qu'on peut dissocier clubs et
sélection ? Je crois que tout cela c'est la Guadeloupe. A partir
du moment où il y a un club qui défend les couleurs de la
Guadeloupe, il faut considérer que c'est la Guadeloupe. Le match
des champions est peut-être trop près du tournoi qui vient de se
passer mais, je n'ai pas vu lors de cette rencontre (ndlr: face
au Club Franciscain mardi 26 juin aux Abymes) cet engouement .
ASPC : Est-ce que lors du 1er tour en septembre 2006, en
Guadeloupe, vous vous imaginiez arriver jusque là ?
RS : On avait pour objectif d'aller à la Gold Cup. Le
tournoi de septembre était un peu tôt dans la saison mais, on a
réussi. Arrivé à Trinidad, on avait pour objectif de passer. Et
nous avions mis en place une stratégie que nous avons suivi une
fois qualifiés. Nous sommes arrivés en demi-finale, c'est tant
mieux pour nous.
ASPC : Quel souvenir principal allez-vous garder de cette
Gold Cup qui était la 1ère de la Guadeloupe ?
RS : Sur le plan sportif, la qualité du jeu. La, il faut
reconnaître qu'il y a avait une qualité de jeu à tous les
niveaux. C'est sur ce plan là qu'on tire une satisfaction. On a
pu répondre par notre façon de jouer aux autres équipes. L'autre
point, c'est l'engouement médiatique qui se passe autour de
cette manifestation. Que ce soit le public qui adhère. Pour des
Américains qui ne sont pas très football mais, qui ont des
moyens pour pouvoir recevoir cette grande manifestation. On a
joué devant des stades remplis ; il était très difficile de
donner des consignes aux joueurs sur le terrain dans la mesure
où l'on ne s'entendait plus. Il y avait cette engouement
populaire dans les tribunes. Et aussi, le professionnalisme de
la manifestation par rapport à ce que nous avons l'habitude de
voir, c'est-à-dire une organisation rigoureuse.
ASPC : Vous avez commencé la préparation du groupe depuis
plus de 2 ans. Mais, comment avez-vous réussi à obtenir cette
cohésion avec les joueurs professionnels qui sont arrivés juste
10 jours avant la compétition ?
RS : Il y avait un choix à faire sur les joueurs. On a
bien réfléchi. Il fallait avoir des joueurs qui pouvaient cadrer
avec notre mentalité même s'ils jouaient à un échelon supérieur.
Il fallait qu'ils aient la particularité, tout en étant
professionnel, d'avoir un regard sur notre façon de faire et de
fonctionner. Il ne fallait pas avoir des joueurs qui soient très
habiles et très doués mais qui nous auraient posé problème sur
le plan de la mentalité. On a donc cherché à avoir des joueurs
de toutes les divisions confondues (National, D2, D1) mais avec
une mentalité qui nous permette d'avoir une certaine assise
morale et que le groupe se sente souder. Ce qui était important
pour nous, c'était d'être une équipe. Indépendamment de la
qualité intrinsèque des joueurs, c'était d'avoir un groupe qui
vivait bien ensemble. Je crois que la réussite que nous avons eu
est passée par là en 1er plan.
ASPC : Donc, la prospection au niveau de ces joueurs s'est
faite très en amont.
RS : Oui. On y a pensé avant, on a consulté, on a vu, on
a discuté aussi avec certains. A partir de là, on s'est fait une
idée sur tout un chacun, ce qui nous a permis d'avoir un
éventail suffisamment large de façon à pouvoir, en cas de
défection, appeler un autre.
ASPC : On a entendu parler de certaines tensions entre les
joueurs évoluant en Guadeloupe et les autres du fait qu'ils ne
jouaient pas. Qu'en a-t-il été ?
RS : C'est à dire que les journalistes, à partir d'u
propos ou d'une manifestation quelconque, présentent un certains
nombres de données. On avait des joueurs locaux et des joueurs
expatriés. Les joueurs locaux savaient très bien à quoi s'en
tenir donc, on a fait notre équipe et cela n'a pas posé de
problèmes. Avant le Costa Rica, pour certains, on était déjà
qualifié donc, cela voulait dire qu'on aurait pu élargir
l'assiette des joueurs et faire jouer tout le monde. Mais, même
si on avait déjà 4 points, on n'était pas sur d'être qualifié
car, si on perdait avec un score très large, devant le Costa
Rica, on pouvait ne pas être meilleur 3ème. C'est donc en ce
sens qu'on a maintenu l'équipe pour ne pas prendre plus de 2
buts en cas de défaite. Notre principal objectif, c'était de
passer le 1er tour. On était venu pour une compétition et non
pour, à un moment donné, faire plaisir à tout un chacun en
fonction des résultats. En ma qualité de sélectionneur, je suis
resté dans ma logique. Eux, ils ont mal interprété parce que, à
un moment, certains avaient laissé penser que, dans les
compétitions précédentes, avec 4 points, on était meilleur 3ème.
Mais, cette année, dans tous les autres groupes, il y avait une
possibilité de nous dépasser. Donc, il fallait être prudent et
on l'a été.
ASPC : Comment expliquez-vous votre rigueur dans
l'organisation tactique et l'animation dans tous les matches ?
RS : Cela s'est travaillé dans la mesure où, depuis que
nous avons pris la sélection, on s'est aligné sur ce qui est
moderne. On a laissé le marquage individuel pour jouer une
défense de zone, une défense à plat avec des variantes en 4-4-2
ou en 4-1-4-1. On avait l'habitude de jouer ces principes de
jeu. Et, les joueurs que nous avons contacté jouent, pour la
majorité des clubs que nous avons vu, dans cette formation :
4-4-2 avec les 2 joueurs excentrés qui sont des animateurs et
les 2 milieux intérieurs sont des demi-défensifs. Ces joueurs
évoluaient dans la même organisation que celle que nous
pratiquons donc, sur le plan tactique, cela ne nous a pas posé
de problèmes, cela s'est fait tout naturellement. Ce qu'il
fallait voir, c'était si les affinités se créaient et, je crois
que la semaine que nous avons faite en Guadeloupe avant le
départ, nous a permis de réajuster un certains nombres de choses
et de voir comment on jouerait. Cela n'a fait que suivre le
chemin qu'on avait déjà tracé avant et, je crois, que ce c'est
un part de notre réussite aussi.
ASPC : Un joueur comme Jocelyn Angloma vous a-t-il surpris
pendant la compétition et quel a été son apport ?
RS : Pas sur ces qualités techniques. C'est surtout sur
ces qualités physiques sur une telle compétition avec des
matches à répétition. Mais, on l'a ménagé au début, il n'a pas
débuté contre Haïti pour le préserver pour le match contre le
Canada. Au fil des matches, il est monté en puissance.
Haïti s'est plaint parce qu'il
avait déjà joué en équipe de France. Il y a eu un tas de
réserves pour ne pas le faire prendre part à la compétition
mais, comme on avait des dérogations écrites de la CONCACAF,
cela a tourné court. Sur le plan du jeu et de l'engagement, il a
été le modérateur, le stabilisateur de l'équipe. Il calmait les
esprits quand les Sud-américains commençaient à tricher. Je
pense que cela a permis à nos joueurs de ne pas tomber dans la
provocation (ndlr : la Guadeloupe n'a eu aucun carton rouge). En
plus, un autre point a été à notre avantage. Dans cette équipe,
on avait des joueurs qui maîtrisaient très bien les langues.
Lui, notamment, l'espagnol donc, il comprenait très bien le
langage des uns et des autres. Cela a posé un certains nombres
de problèmes à certains arbitres. Quand c'était en anglais, on
avait 4 ou 5 joueurs dans l'équipe qui maîtrisaient l'anglais.
Donc, on avait un contexte linguistique qui permettait à tout
moment de répondre.
ASPC : Allez-vous continué avec cette sélection ?
RS : L'assemblée générale n'a pas encore eu lieu. Mais,
j'espère bien poursuivre le travail. Il va falloir reconstruire
puisque Alain Vertot va arrêter en sélection ; Jocelyn Angloma
met un terme à sa carrière.
On a 2 objectifs. Celui qui se passe au niveau du département
avec des joueurs locaux. Et, à partir du moment, où cela va
devenir international, nous allons faire comme toutes les autres
nations, c'est à dire nous renforcer. Parce qu'on pense que
c'est la seule façon pour exporter notre football. Notre
championnat n'est pas suffisamment relevé même s'il y a la Ligue
Antilles Foot, on n'a pas suffisamment de matches de haut
niveau. Je pense aussi qu'il nous manque des infrastructures
pour avoir vraiment des joueurs de qualités pour augmenter le
niveau de notre football. Cela doit d'abord passer par les
infrastructures depuis les jeunes jusqu'aux seniors. Il faut
pouvoir faire travailler toutes les sections pour que, arriver
en senior, ceux qui sont restés en Guadeloupe soient
compétitifs. Il faut savoir que chaque année, on perd 3 ou 4
jeunes dans la mesure où le centre de formation fournit chaque
année, depuis 4 ans, des joueurs aux clubs de métropole. C'est
donc avec ceux qui sont restés, qui sont moins bons que ceux qui
sont partis, qu'il faut arriver à les maintenir dans des
compétitions de haut niveau pour avoir une équipe senior qui
tienne la route.
ASPC : Justement, comment voyez-vous la nouvelle compétition
qui va remplacer la Coupe des Clubs Champions d'Outremer et qui
va concerner les sélections ?
RS : La sélection quelque fois, c'est l'arbre qui cache
la forêt. Parce que la sélection nous permet de prendre
les individualités de chaque club, de faire un travail pour
pouvoir représenter la Guadeloupe. A certains moments, on a une
bonne promotion donc, sur 2 ou 3 ans, on a une bonne sélection.
Ce que je souhaite, c'est, arriver à un certain niveau, pouvoir
se maintenir. Et, pour cela, il faut les infrastructures et un
travail conséquent qui se fasse. Les matches de sélection, cela
permet de voir le niveau. Mais, cela ne me permet pas de
faire travailler ma base, les clubs, car c'est leur travail qui
permet d'avoir une bonne sélection. Plus les clubs auront des
outils pour travailler, mieux je serai. Donc mettre etcetera de
compétitions pour la sélection senior, c'est motivant pour les
joueurs. Mais, il ne faudrait pas que, en mettant cela, on ne
fasse rien derrière en ce qui concerne les infrastructures, les
aires de jeu, la promotion sociale du football. Donc, c'est tout
un ensemble. Il ne faut pas que les compétitions ne concernent
que les seniors. Car, quelque soit leur talent, si on met des
joueurs dans les compétitions uniquement quand ils arrivent en
senior, il leur faudra un temps d'adaptation par rapport aux
autres nations qui ont des compétitions à tous les étages.
ujc
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