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L'exigence
c'est le travail ! |
Une famille
formidable !
La saison prochaine Christian Chamlong ne sera plus assis sur le
banc du Golden Lion. L'entraîneur des toutes récentes
championnes Antilles-Guyane va prendre un peu de recul. Mais, à
31 ans, il restera toujours dans son club, avec les jeunes, pour
continuer le travail de formation. Après 7 années et 3 titres de
Champion de Martinique, 4 Coupes de Martinique ainsi qu'un titre
de Champion Antilles-Guyane, Christian Chamlong laisse la place
à David Seck. Nous l'avons interrogé sur ce départ ainsi que
cette formidable saison 2006-2007 du Golden Lion...
ASPC : Pourquoi avez-vous décidé de quitter l'encadrement
de l'équipe senior ?
CC : C'est que cela fait un petit moment que cela dure.
Je crois que j'ai fait le tour de la question ; cela n'a pas
été une décision facile mais, professionnellement et
personnellement, j'ai de gros projets. Donc, cela ne sera
pas compatible avec l'activité senior en tout cas parce que
cela demande beaucoup d'engagement et beaucoup
d'entraînements et je ne pourrai pas assurer. J'ai pris la
décision d'arrêter cette année. C'est une décision qui était
prise depuis l'année dernière mais le comité n'avait pas de
remplaçant donc, pour cette année, j'ai cherché un
remplaçant, j'ai structuré mon départ. Et, c'est vrai que je
pars l'esprit tranquille pour mes projets personnels.
Ensuite, je ne cacherai
pas qu'entraîner une équipe senior fille, c'est d'une
extrême difficulté et pendant toutes ces années passées avec
ces jeunes filles, je me suis appliqué à leur enseigner non
seulement le basket mais, essentiellement aussi, les valeurs
humaines. C'est à dire, faire attention à son partenaire,
être généreux dans l'effort, être ponctuel, etc...Et, c'est
vrai que ce n'est pas facile à transmettre parce que, de
plus en plus, nous perdons ce genre de valeurs. C'est tous
les jours un combat et, je me fatigue un peu plus car je me
bats sur ce domaine là aussi. Si je ne faisais que du sport,
j'aurais été un entraîneur heureux parce qu'en sport, cela
marche très bien avec les filles ; on gagne tout sur le
territoire et même, cette année, les Antilles-Guyane. Mais,
je suis particulièrement attaché à cet aspect humain.
ASPC : Vous allez quand même rester dans le giron du Golden
Lion.
CC : Tout à fait, le Golden Lion, c'est ma famille,
c'est là où je suis né ; je ne dis pas que je ne partirai
pas s'il y a un challenge qui s'offre à moi, mais, en tout
cas, pas cette année. Je crois qu'il est important que les
jeunes me revoient un petit peu plus bas. J'envisage de
descendre avec les jeunes, de retravailler avec eux pour
pouvoir reconstruire l'avenir des seniors.
ASPC : Que dire de
cette saison, marquée d'une grande réussite avec les
Antilles-Guyane en cerise sur le gâteau ?
CC : C'était la 3ème année où l'on participait et cela
faisait 2 ans qu'on se faisait battre par Sinnamary. C'est
vrai qu'on gagne, mais, je suis un petit peu revanchard donc
je suis un petit peu déçu que ce n'ait pas été Sinnamary en
face de nous (ndlr : les Guyanaises avaient été battues chez
elles par l'USL Montjoly) parce qu'on était vraiment prêt.
Ces 3 dernières années, on a connu une évolution. Au début,
on gagnait très difficilement face à l'Eclair (ndlr : vice
champion de Martinique), ensuite on a gagné moyennement et,
maintenant, on passe très bien face à cette équipe. Cette
saison, on a perdu le 1er match des play-off, c'était la
seule chute de la saison, mais, je pense que cette défaite
était bonne car on a pu se recadrer par la suite et vraiment
bien joué. Sportivement, je crois que c'est la meilleure
saison du Golden Lion, et d'une équipe martiniquaise depuis
plus de 10 ans (règne de Sinnamary sur le basket féminin).
Je suis heureux à ce niveau là. Et, j'espère, qu'avec les
filles que nous avons puisque nous n'avons qu'un seul départ
(ndlr : Kathleen Alger qui part pour ses études), que
nous pourrons, sans moi, garder ce titre Antilles-Guyane.
Puisque, lorsque l'on arrive à un certain niveau, on veut
toujours le garder. Je ne veux pas non plus vendre la peau
de l'ours avant de l'avoir tué parce que l'Éclair a fait du
recrutement, ils essaient de se restructurer, mais je crois
que nous avons de jeunes filles entre 15 et 25 ans qui ont
encore des choses à montrer. L'objectif n'est plus le
championnat de Martinique mais bien de conserver le titre
Antilles-Guyane et d'essayer d'aller faire encore mieux que
cette année au niveau de la National 3.
ASPC : Qu'est-ce qui
a changé pour arriver à maturité cette année puisqu'il y a
eu quand même des bouleversements incessants au niveau de
l'effectif ?
CC : Effectivement, on a eu beaucoup de mal à construire
cette équipe. Maintenant, comme je le disais avant, on s'est
basé sur les valeurs. Donc, cela prend un temps considérable
à mettre en place et 5 ans n'ont pas été de trop pour
décrocher ce championnat Antilles-Guyane. Pour arriver avec
un état d'esprit, une solidarité, un groupe et, je crois que
c'est le mot le plus important du sport collectif. Si on n'a
pas créé ce groupe là, on ne peut pas avoir une bonne
équipe. On a su créer le groupe et on est arrivé au
championnat de France tout étonné de n'être mené que de 2
points à la mi-temps par les futures vices championnes.
Sincèrement, je pense que si on avait pas eu aussi peur de
gagner, peut-être qu'on aurait pu être au moins en finale du
championnat de France. Je crois que cette 1ère expérience
nous a conforté dans notre travail, dans la progression de
l'équipe et, je pense que l'année prochaine, on pourra
accéder à la finale et peut-être dans 3 ans, qui sait,
gagner cette finale de National 3 qui n'est pas du tout
inaccessible. Je pense qu'il faut y croire. Peut-être
arriver une semaine ou deux avant sur la métropole pour
faire des matches amicaux pour retrouver ce rythme qu'on n'a
pas ici de façon à être fin prêt pour ces finales.
ASPC : La différence
s'effectue-t-elle uniquement au niveau du rythme de jeu ?
CC : Oui. Je crois qu'on a des qualités énormes chez les
filles du Golden Lion. La qualité des filles au niveau
individuel, n'est pas très éloigné. C'est vrai qu'il y a des
anciennes pros qui jouent en N3 donc, on trouve 2 ou 3
lumières mais, je crois que nous avons des filles de
qualités. Pour preuve, l'équipe d'Alsace (vice champion)
nous a demandé 3 de nos joueuses pour les renforcer.
Sincèrement, ce qu'il nous manque, c'est la vitesse de jeu,
du rythme, trouver des relations de passes rapides, permuter
rapidement. Je crois qu'ici, on joue encore trop facilement
pour nous et on n'a pas su trouver ce rythme là suffisamment
tôt. Si on y va 2 semaines avant, qu'on arrive à faire des
matches amicaux, je pense que cela va donner quelques atouts
de façon à, je ne dirai pas gagner tout de suite, mais à les
enquiquiner.
ASPC : Vous avez fait
un stage à Valenciennes. Ce type de stage ou alors
l'ouverture vers la Caraïbe n'est-elle pas souhaitable pour
monter d'un cran ?
CC : Je crois que c'est indispensable. Le Golden Lion a
beaucoup investi sur les seniors filles ; depuis un certain
nombre d'années, on fait des déplacements et le dernier qui
était sur Valenciennes a été excessivement riche pour nous.
Cela a été difficile parce qu'on nous a appris à travailler
et, c'est vrai que ce genre de confrontation, ce genre de
stage nous manque. Ceci est un problème financier. Nous
sommes, malheureusement, très loin de tout. Il faut donc
beaucoup travailler, il faut que le comité travaille encore
pour récolter des sous et retourner à Valenciennes, dans un
club de haut niveau qui joue le championnat d'Europe. On a
côtoyé ces championnes, on s'est entraîné avec elles. Non
seulement humainement, c'est une expérience riche, mais
techniquement et collectivement, on a obtenu des résultats
cette année. Si je pouvais, même sans être dans
l'encadrement des seniors filles, préparer de nouveau un
projet comme cela, je le ferais sans hésitations parce que
je crois que là est la clé de la progression.
ASPC : La mise en
place d'une sélection de Martinique ne contribuerait-elle
pas aussi à cette progression ?
CC : Bien sur. La Sélection de Martinique est aussi une
source de motivation pour les jeunes. Et, vous avez parlé de
la Caraïbe, pour une sélection, effectivement, c'est plus
pratique d'avoir des confrontations caribéennes. En 96, nous
avons été, avec les seniors garçons à Trinidad, et, je peux
vous dire qu'il y a un très bon niveau de basket dans la
Caraïbe. Et, si nous arrivons avec les filles, à travers une
sélection, avoir ce type de confrontations, nous pourrons
progresser beaucoup plus vite et arriver fin prêt au
championnat de National 3 puisque c'est le plus haut niveau
auquel nous pouvons accéder.
ASPC : Même menant
avec une vingtaine de points à 2 minutes de la fin, vous
restez exigeant avec vos filles. Est-ce la clé du succès ?
CC : Cela fait parti de la réussite. Si on a des
prétentions, il faut être exigeant et à tous les niveaux.
Mené de 20 points, c'est bien mais, je pense que si on peut
mener de 20 points avec la manière, c'est très bien. En
Martinique, on joue facile donc, j'avais un mal fou à garder
les filles concentrées parce que l'objectif n'était pas de
gagner le Golden Star ou le Sporting. Donc, l'exigence,
c'est le travail.
ASPC : Oui, mais je
parlais plus précisément du dernier match des
Antilles-Guyane contre le Cygne Noir de Guadeloupe.
CC : Dans ce tournoi, si on peut donner 100 points aux
équipes, il faut les donner. C'est installer une suprématie,
un cachet. Là, non seulement, on s'est appliqué sur la tenue
du groupe (chaussures, sac...) mais, on se devait de fournir
un bon basket. La qualité de jeu passe par la rigueur et la
discipline. Trop souvent, nous avons été battu aux
Antilles-Guyane donc, cette année, quelque soit les équipes
qui étaient là, il fallait qu'on montre qu'on avait
progressé, qu'on savait produire un bon basket.
ASPC : On pourra donc
compter sur le Golden Lion pour les saisons à venir.
CC : J'espère bien. Si nous avons fait ces recrutements
de jeunes depuis 2 ans, c'est parce qu'on envisage de rester
au sommet du championnat de la Martinique et des
Antilles-Guyane à long terme. On ne veut pas faire un coup
d'éclat et retomber. Être champion, c'est bien mais le
rester, c'est très bien et je crois que c'est ce qui est
plus difficile. Donc, l'année prochaine, David Seck (ndlr :
le nouvel entraîneur) aura beaucoup à faire d'autant plus
qu'il n'a pas encore l'expérience des filles, il a
surtout entraîner des garçons. Maintenant, cela reste un
entraîneur de qualité et, il a des éléments de qualité pour
garder ce niveau.
ASPC : Quel regard
peut-on porter sur le basket féminin en Martinique ?
CC : Je crois que c'est un regard un peu négatif, un peu
triste. Tout simplement parce que les clubs n'ont pas
suffisamment travaillé sur l'investissement des filles. Nous
arrivons, depuis 8 ou 10 ans, avec 2 équipes en finale
systématiquement : l'Éclair et le Golden Lion. Entre temps,
il y a eu le Golden Star mais, je crois que l'Éclair et le
Golden Lion restent les 2 meilleures équipes de la
Martinique. Cela risque de rester ainsi encore longtemps si,
il n'y a pas des clubs qui réagissent. Il y a une politique
à mener, surtout au niveau de la ligue, sur le recrutement
des jeunes : aller dans les écoles. Parce que la mentalité
n'est pas facile en Martinique, les parents ne lâchent pas
facilement leur enfant et c'est vrai qu'il faut aller les
chercher. Je crois que la ligue aussi s'endort un petit peu,
il n'y a pas de projets sur les filles, pas de sélections,
pas de communication ou alors de façon très légère. Il y a
la Coupe de France qui aurait pu relancer le championnat
féminin ; ça aussi, cela nous aurait fait progresser dans le
rythme. Il y a une réflexion profonde à mener ; j'ai déjà
réfléchi à certaines bases. Mais, il faut que ce soit un
engagement collectif du basket, c'est-à-dire des différents
clubs et essentiellement de la ligue.
ASPC : Est-ce qu'au
niveau des cadres, les moyens sont suffisants ?
CC : Non. Au Golden Lion, on nous dit grand club mais,
on a une pénurie de cadres comme tous les autres clubs.
Cette année, j'ai passé avec succès mon Brevet d'État en
Guadeloupe avec 2 autres entraîneurs de la Martinique.
J'avais mon tronc commun depuis 2003 et il n'y avait pas
encore de formation. C'est vrai que la ligue s'est beaucoup
ankylosée dans ce domaine. Au Golden Lion, on a mis en place
une école de formation pour les jeunes cadres ; cela va
combler un peu en attendant que les diplômes arrivent au
niveau de la ligue. En Martinique, cela reste un problème.
Si on a de bons cadres, on pourra avoir de bonnes équipes.
C'est fondamentale. Il y a d'autres sports qui l'ont très
bien compris et qui l'appliquent sévèrement. Aujourd'hui, la
charte de l'entraîneur n'est pas appliquée au basket.
ASPC : L'obtention du
Brevet d'État ne laisse-t-elle pas un petit goût d'inachevé
puisque vous allez arrêter sans avoir mis en pratique ce que
vous avez appris ?
CC : Effectivement, en théorie, j'ai grandi, j'ai
progressé de part ces expériences sportives mais surtout par
la formation. J'ai fréquenté des cadres de renoms de la
Guadeloupe et de la Guyane, notamment les CTR. Et, c'est
vrai que j'ai envi de montrer ce que j'ai appris.
Malheureusement, je ne pourrai pas le faire cette année
mais, on va peut-être réentendre parler de Christian
Chamlong chez les jeunes tout simplement parce que je vais
mettre un projet de formation en place qui pourra, dans 5 ou
10 ans, faire ressortir une meilleure équipe senior que
celle que nous avons aujourd'hui.
ASPC : Pourquoi pas
une nouvelle Sandrine Gruda (ndlr: internationale française
formée au Golden Lion et au Pôle) ?
CC : Une ou deux, pourquoi pas. A ce niveau, on a
beaucoup progressé avec les Pôles. Les clubs commencent à se
retrouver dans les projets Pôles donc fournissent un peu
plus de jeunes filles. Depuis 5 ans, si je ne me trompe,
nous fournissons chaque année, au moins une jeune fille à l'INSEP
qui vient, peut-être pas du Golden Lion, mais de la
Martinique. Pour moi, c'est un succès. C'est ce qui
m'encourage à travailler chez les jeunes. Sincèrement, que
le Golden Lion gagne le championnat Antilles-Guyane, c'est
très bien, mais quand je regarde Sandrine Gruda à la télé,
elle qui m'a fait gagner mon 1er titre en cadette au Golden
Lion, je crois que c'est ma plus grande joie. Je ne mettrai
pas la formation et la réussite de Sandrine Gruda à mon
compte, c'est surtout au Pôle qu'elle a travaillé et qu'elle
a réussi. J'espère qu'un jour je pourrai, je vais dire cela
de manière égoïste, refaire naître une Sandrine Gruda au
Golden Lion de façon à augmenter l'aura du club et à attirer
les jeunes filles chez nous.
ASPC : Y a-t-il
quelque chose que vous voudriez rajouter ?
CC : La réussite du Golden Lion a été une réussite
collective. C'est vrai que j'ai été à l'origine de tout ce
qui est formation de joueurs mais, je crois que j'ai vécu
une expérience formidable cette année avec les parents.
S'ils n'étaient pas là, je ne sais pas si j'aurais réussi à
créer ce groupe. Les parents se sont, en effet, tellement
investis ; ils ont été organisés, prévoyants. On a su,
autour du basket, créer un esprit de famille, ce que je
recherchais depuis si longtemps. Et, je crois que c'est
grâce aux parents si nous y sommes arrivés aussi facilement.
cette année. Quand on a des jeunes qui sont encore mineurs,
il faut avoir les parents avec, pour les accompagner et
surtout pour accompagner le groupe parce que ce sont des
parents qui sont intéressés par l'avenir de leur enfant
donc, ils s'investissent sans compter. Et, je voudrais
associer la réussite sportive à cet encadrement que j'ai
trouvé formidable cette année.
ujc
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