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Christian CHAMLONG

Entraîneur du Golden Lion BB

Saint-Joseph, vendredi 06 juillet 2007

 

 
L'exigence c'est le travail !

Une famille formidable !

La saison prochaine Christian Chamlong ne sera plus assis sur le banc du Golden Lion. L'entraîneur des toutes récentes championnes Antilles-Guyane va prendre un peu de recul. Mais, à 31 ans, il restera toujours dans son club, avec les jeunes, pour continuer le travail de formation. Après 7 années et 3 titres de Champion de Martinique, 4 Coupes de Martinique ainsi qu'un titre de Champion Antilles-Guyane, Christian Chamlong laisse la place à David Seck. Nous l'avons interrogé sur ce départ ainsi que cette formidable saison 2006-2007 du Golden Lion...

 


 

ASPC : Pourquoi avez-vous décidé de quitter l'encadrement de l'équipe senior ?
CC :
C'est que cela fait un petit moment que cela dure. Je crois que j'ai fait le tour de la question ; cela n'a pas été une décision facile mais, professionnellement et personnellement, j'ai de gros projets. Donc, cela ne sera pas compatible avec l'activité senior en tout cas parce que cela demande beaucoup d'engagement et beaucoup d'entraînements et je ne pourrai pas assurer. J'ai pris la décision d'arrêter cette année. C'est une décision qui était prise depuis l'année dernière mais le comité n'avait pas de remplaçant donc, pour cette année, j'ai cherché un remplaçant, j'ai structuré mon départ. Et, c'est vrai que je pars l'esprit tranquille pour mes projets personnels.

Ensuite, je ne cacherai pas qu'entraîner une équipe senior fille, c'est d'une extrême difficulté et pendant toutes ces années passées avec ces jeunes filles, je me suis appliqué à leur enseigner non seulement le basket mais, essentiellement aussi, les valeurs humaines. C'est à dire, faire attention à son partenaire, être généreux dans l'effort, être ponctuel, etc...Et, c'est vrai que ce n'est pas facile à transmettre parce que, de plus en plus, nous perdons ce genre de valeurs. C'est tous les jours un combat et, je me fatigue un peu plus car je me bats sur ce domaine là aussi. Si je ne faisais que du sport, j'aurais été un entraîneur heureux parce qu'en sport, cela marche très bien avec les filles ; on gagne tout sur le territoire et même, cette année, les Antilles-Guyane. Mais, je suis particulièrement attaché à cet aspect humain.

ASPC : Vous allez quand même rester dans le giron du Golden Lion.
CC :
Tout à fait, le Golden Lion, c'est ma famille, c'est là où je suis né ; je ne dis pas que je ne partirai pas s'il y a un challenge qui s'offre à moi, mais, en tout cas, pas cette année. Je crois qu'il est important que les jeunes me revoient un petit peu plus bas. J'envisage de descendre avec les jeunes, de retravailler avec eux pour pouvoir reconstruire l'avenir des seniors.

 

ASPC : Que dire de cette saison, marquée d'une grande réussite avec les Antilles-Guyane en cerise sur le gâteau ?
CC :
C'était la 3ème année où l'on participait et cela faisait 2 ans qu'on se faisait battre par Sinnamary. C'est vrai qu'on gagne, mais, je suis un petit peu revanchard donc je suis un petit peu déçu que ce n'ait pas été Sinnamary en face de nous (ndlr : les Guyanaises avaient été battues chez elles par l'USL Montjoly) parce qu'on était vraiment prêt. Ces 3 dernières années, on a connu une évolution. Au début, on gagnait très difficilement face à l'Eclair (ndlr : vice champion de Martinique), ensuite on a gagné moyennement et, maintenant, on passe très bien face à cette équipe. Cette saison, on a perdu le 1er match des play-off, c'était la seule chute de la saison, mais, je pense que cette défaite était bonne car on a pu se recadrer par la suite et vraiment bien joué. Sportivement, je crois que c'est la meilleure saison du Golden Lion, et d'une équipe martiniquaise depuis plus de 10 ans (règne de Sinnamary sur le basket féminin). Je suis heureux à ce niveau là. Et, j'espère, qu'avec les filles que nous avons puisque nous n'avons qu'un seul départ (ndlr : Kathleen Alger qui part pour ses études),  que nous pourrons, sans moi, garder ce titre Antilles-Guyane. Puisque, lorsque l'on arrive à un certain niveau, on veut toujours le garder. Je ne veux pas non plus vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué parce que l'Éclair a fait du recrutement, ils essaient de se restructurer, mais je crois que nous avons de jeunes filles entre 15 et 25 ans qui ont encore des choses à montrer. L'objectif n'est plus le championnat de Martinique mais bien de conserver le titre Antilles-Guyane et d'essayer d'aller faire encore mieux que cette année au niveau de la National 3.

 

ASPC : Qu'est-ce qui a changé pour arriver à maturité cette année puisqu'il y a eu quand même des bouleversements incessants au niveau de l'effectif ?
CC :
Effectivement, on a eu beaucoup de mal à construire cette équipe. Maintenant, comme je le disais avant, on s'est basé sur les valeurs. Donc, cela prend un temps considérable à mettre en place et 5 ans n'ont pas été de trop pour décrocher ce championnat Antilles-Guyane. Pour arriver avec un état d'esprit, une solidarité, un groupe et, je crois que c'est le mot le plus important du sport collectif. Si on n'a pas créé ce groupe là, on ne peut pas avoir une bonne équipe. On a su créer le groupe et on est arrivé au championnat de France tout étonné de n'être mené que de 2 points à la mi-temps par les futures vices championnes. Sincèrement, je pense que si on avait pas eu aussi peur de gagner, peut-être qu'on aurait pu être au moins en finale du championnat de France. Je crois que cette 1ère expérience nous a conforté dans notre travail, dans la progression de l'équipe et, je pense que l'année prochaine, on pourra accéder à la finale et peut-être dans 3 ans, qui sait, gagner cette finale de National 3 qui n'est pas du tout inaccessible. Je pense qu'il faut y croire. Peut-être arriver une semaine ou deux avant sur la métropole pour faire des matches amicaux pour retrouver ce rythme qu'on n'a pas ici de façon à être fin prêt pour ces finales.

 

ASPC : La différence s'effectue-t-elle uniquement au niveau du rythme de jeu ?
CC :
Oui. Je crois qu'on a des qualités énormes chez les filles du Golden Lion. La qualité des filles au niveau individuel, n'est pas très éloigné. C'est vrai qu'il y a des anciennes pros qui jouent en N3 donc, on trouve 2 ou 3 lumières mais, je crois que nous avons des filles de qualités. Pour preuve, l'équipe d'Alsace (vice champion) nous a demandé 3 de nos joueuses pour les renforcer. Sincèrement, ce qu'il nous manque, c'est la vitesse de jeu, du rythme, trouver des relations de passes rapides, permuter rapidement. Je crois qu'ici, on joue encore trop facilement pour nous et on n'a pas su trouver ce rythme là suffisamment tôt. Si on y va 2 semaines avant, qu'on arrive à faire des matches amicaux, je pense que cela va donner quelques atouts de façon à, je ne dirai pas gagner tout de suite, mais à les enquiquiner.

 

ASPC : Vous avez fait un stage à Valenciennes. Ce type de stage ou alors l'ouverture vers la Caraïbe n'est-elle pas souhaitable pour monter d'un cran ?
CC :
Je crois que c'est indispensable. Le Golden Lion a beaucoup investi sur les seniors filles ; depuis un certain nombre d'années, on fait des déplacements et le dernier qui était sur Valenciennes a été excessivement riche pour nous. Cela a été difficile parce qu'on nous a appris à travailler et, c'est vrai que ce genre de confrontation, ce genre de stage nous manque. Ceci est un problème financier. Nous sommes, malheureusement, très loin de tout. Il faut donc beaucoup travailler, il faut que le comité travaille encore pour récolter des sous et retourner à Valenciennes, dans un club de haut niveau qui joue le championnat d'Europe. On a côtoyé ces championnes, on s'est entraîné avec elles. Non seulement humainement, c'est une expérience riche, mais techniquement et collectivement, on a obtenu des résultats cette année. Si je pouvais, même sans être dans l'encadrement des seniors filles, préparer de nouveau un projet comme cela, je le ferais sans hésitations parce que je crois que là est la clé de la progression.

 

ASPC : La mise en place d'une sélection de Martinique ne contribuerait-elle pas aussi à cette progression ?
CC :
Bien sur. La Sélection de Martinique est aussi une source de motivation pour les jeunes. Et, vous avez parlé de la Caraïbe, pour une sélection, effectivement, c'est plus pratique d'avoir des confrontations caribéennes. En 96, nous avons été, avec les seniors garçons à Trinidad, et, je peux vous dire qu'il y a un très bon niveau de basket dans la Caraïbe. Et, si nous arrivons avec les filles, à travers une sélection, avoir ce type de confrontations, nous pourrons progresser beaucoup plus vite et arriver fin prêt au championnat de National 3 puisque c'est le plus haut niveau auquel nous pouvons accéder.

 

ASPC : Même menant avec une vingtaine de points à 2 minutes de la fin, vous restez exigeant avec vos filles. Est-ce la clé du succès ?
CC :
Cela fait parti de la réussite. Si on a des prétentions, il faut être exigeant et à tous les niveaux. Mené de 20 points, c'est bien mais, je pense que si on peut mener de 20 points avec la manière, c'est très bien. En Martinique, on joue facile donc, j'avais un mal fou à garder les filles concentrées parce que l'objectif n'était pas de gagner le Golden Star ou le Sporting. Donc, l'exigence, c'est le travail.
 

ASPC : Oui, mais je parlais plus précisément du dernier match des Antilles-Guyane contre le Cygne Noir de Guadeloupe.
CC :
Dans ce tournoi, si on peut donner 100 points aux équipes, il faut les donner. C'est installer une suprématie, un cachet. Là, non seulement, on s'est appliqué sur la tenue du groupe (chaussures, sac...) mais, on se devait de fournir un bon basket. La qualité de jeu passe par la rigueur et la discipline. Trop souvent, nous avons été battu aux Antilles-Guyane donc, cette année, quelque soit les équipes qui étaient là, il fallait qu'on montre qu'on avait progressé, qu'on savait produire un bon basket.
 

ASPC : On pourra donc compter sur le Golden Lion pour les saisons à venir.
CC :
J'espère bien. Si nous avons fait ces recrutements de jeunes depuis 2 ans, c'est parce qu'on envisage de rester au sommet du championnat de la Martinique et des Antilles-Guyane à long terme. On ne veut pas faire un coup d'éclat et retomber. Être champion, c'est bien mais le rester, c'est très bien et je crois que c'est ce qui est plus difficile. Donc, l'année prochaine, David Seck (ndlr : le nouvel entraîneur) aura beaucoup à faire d'autant plus qu'il n'a pas encore l'expérience des filles, il  a surtout entraîner des garçons. Maintenant, cela reste un entraîneur de qualité et, il a des éléments de qualité pour garder ce niveau.

 

ASPC : Quel regard peut-on porter sur le basket féminin en Martinique ?
CC :
Je crois que c'est un regard un peu négatif, un peu triste. Tout simplement parce que les clubs n'ont pas suffisamment travaillé sur l'investissement des filles. Nous arrivons, depuis 8 ou 10 ans, avec 2 équipes en finale systématiquement : l'Éclair et le Golden Lion. Entre temps, il y a eu le Golden Star mais, je crois que l'Éclair et le Golden Lion restent les 2 meilleures équipes de la Martinique. Cela risque de rester ainsi encore longtemps si, il n'y a pas des clubs qui réagissent. Il y a une politique à mener, surtout au niveau de la ligue, sur le recrutement des jeunes : aller dans les écoles. Parce que la mentalité n'est pas facile en Martinique, les parents ne lâchent pas facilement leur enfant et c'est vrai qu'il faut aller les chercher. Je crois que la ligue aussi s'endort un petit peu, il n'y a pas de projets sur les filles, pas de sélections, pas de communication ou alors de façon très légère. Il y a la Coupe de France qui aurait pu relancer le championnat féminin ; ça aussi, cela nous aurait fait progresser dans le rythme. Il y a une réflexion profonde à mener ; j'ai déjà réfléchi à certaines bases. Mais, il faut que ce soit un engagement collectif du basket, c'est-à-dire des différents clubs et essentiellement de la ligue.

 

ASPC : Est-ce qu'au niveau des cadres, les moyens sont suffisants ?
CC :
Non. Au Golden Lion, on nous dit grand club mais, on a une pénurie de cadres comme tous les autres clubs. Cette année, j'ai passé avec succès mon Brevet d'État en Guadeloupe avec 2 autres entraîneurs de la Martinique. J'avais mon tronc commun depuis 2003 et il n'y avait pas encore de formation. C'est vrai que la ligue s'est beaucoup ankylosée dans ce domaine. Au Golden Lion, on a mis en place une école de formation pour les jeunes cadres ; cela va combler un peu en attendant que les diplômes arrivent au niveau de la ligue. En Martinique, cela reste un problème. Si on a de bons cadres, on pourra avoir de bonnes équipes. C'est fondamentale. Il y a d'autres sports qui l'ont très bien compris et qui l'appliquent sévèrement. Aujourd'hui, la charte de l'entraîneur n'est pas appliquée au basket.

 

ASPC : L'obtention du Brevet d'État ne laisse-t-elle pas un petit goût d'inachevé puisque vous allez arrêter sans avoir mis en pratique ce que vous avez appris ?
CC :
Effectivement, en théorie, j'ai grandi, j'ai progressé de part ces expériences sportives mais surtout par la formation. J'ai fréquenté des cadres de renoms de la Guadeloupe et de la Guyane, notamment les CTR. Et, c'est vrai que j'ai envi de montrer ce que j'ai appris. Malheureusement, je ne pourrai pas le faire cette année mais, on va peut-être réentendre parler de Christian Chamlong chez les jeunes tout simplement parce que je vais mettre un projet de formation en place qui pourra, dans 5 ou 10 ans, faire ressortir une meilleure équipe senior que celle que nous avons aujourd'hui.
 

ASPC : Pourquoi pas une nouvelle Sandrine Gruda (ndlr: internationale française formée au Golden Lion et au Pôle) ?
CC :
Une ou deux, pourquoi pas. A ce niveau, on a beaucoup progressé avec les Pôles. Les clubs commencent à se retrouver dans les projets Pôles donc fournissent un peu plus de jeunes filles. Depuis 5 ans, si je ne me trompe, nous fournissons chaque année, au moins une jeune fille à l'INSEP qui vient, peut-être pas du Golden Lion, mais de la Martinique. Pour moi, c'est un succès. C'est ce qui m'encourage à travailler chez les jeunes. Sincèrement, que le Golden Lion gagne le championnat Antilles-Guyane, c'est très bien, mais quand je regarde Sandrine Gruda à la télé, elle qui m'a fait gagner mon 1er titre en cadette au Golden Lion, je crois que c'est ma plus grande joie. Je ne mettrai pas la formation et la réussite de Sandrine Gruda à mon compte, c'est surtout au Pôle qu'elle a travaillé et qu'elle a réussi. J'espère qu'un jour je pourrai, je vais dire cela de manière égoïste, refaire naître une Sandrine Gruda au Golden Lion de façon à augmenter l'aura du club et à attirer les jeunes filles chez nous.

 

ASPC : Y a-t-il quelque chose que vous voudriez rajouter ?
CC :
La réussite du Golden Lion a été une réussite collective. C'est vrai que j'ai été à l'origine de tout ce qui est formation de joueurs mais, je crois que j'ai vécu une expérience formidable cette année avec les parents. S'ils n'étaient pas là, je ne sais pas si j'aurais réussi à créer ce groupe. Les parents se sont, en effet, tellement investis ; ils ont été organisés, prévoyants. On a su, autour du basket, créer un esprit de famille, ce que je recherchais depuis si longtemps. Et, je crois que c'est grâce aux parents si nous y sommes arrivés aussi facilement. cette année. Quand on a des jeunes qui sont encore mineurs, il faut avoir les parents avec, pour les accompagner et surtout pour accompagner le groupe parce que ce sont des parents qui sont intéressés par l'avenir de leur enfant donc, ils s'investissent sans compter. Et, je voudrais associer la réussite sportive à cet encadrement que j'ai trouvé formidable cette année.

 

ujc
 

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