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semaine du 8 septembre 2008

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 Martinique  

Entretien avec

Virginie MICHANOL

 

En janvier, Virginie était venue s'entrainer en Martinique - Photo AF

"Je veux descendre sous les 51 secondes"!


A 23 ans, l’athlète d’origine martiniquaise Virginie MICHANOL a connu ses premiers Jeux Olympiques le mois dernier à Pékin, en participant au relais 4X400m français. Un relais 100% Antilles, les trois autres relayeuses Thélia SIGERE, Solen DESERT et Phara ANACHARSIS étant elles aussi originaires de Martinique. Même si elles n’ont pas passé le cap des séries, les Françaises améliorent leur temps sur la distance, et Virginie garde un souvenir mémorable de sa première scène olympique, qui clôture une saison où elle a battu tous ses records. Une véritable revanche pour l’athlète de François PEPIN, qui avait dû s’arrêter plusieurs mois pour une blessure aux ligaments. Elle nous livre ses impressions sur son parcours, les JO, et l’athlétisme de haut niveau dans lequel évoluent, parfois difficilement, de nombreux antillais...


 

"En Martinique, il n'y a pas assez de moyens" - Photo Collection privée

ASPC : Peux-tu nous rappeler ton parcours sportif jusqu’aux JO ?

VM : Mon papa était militaire et courrait beaucoup. J’ai pris, l’habitude de courir avec lui et vers 7/8 ans je me suis naturellement tournée vers les cross. Vers 14 ans, j’ai fait les championnats de France UNSS et en 2000, j’ai remporté le 150m. Je me suis dit alors : l’athlétisme c’est fait pour moi ! Puis j’ai commencé les compétitions FFA. En 2001 j’ai participé aux championnats du monde junior sur 200m, ma première grande expérience. Puis j’ai commencé à toucher au 400m et en 2003, avec le relais 4X400m nous sommes arrivées deuxièmes lors des Championnats du Monde à Saint-Denis. J’ai même eu la chance de porter le drapeau de l’équipe de France lors de la cérémonie d’ouverture ! Mais en 2004 j’ai dû arrêter suite à une rupture des ligaments croisés et je n’arrive à remettre les pointes sérieusement qu’en 2006. Et en 2007 j’ai été sélectionnée pour le relais pour les championnats d’Europe... et on bat le record de France du 4X400m ! Maintenant je m’entraîne avec François Pépin à l’INSEP (NDLR : Virginie a été licenciée à Albi, puis à Brest) et depuis, j’ai battu tous mes records en plus d’avoir décroché une sélection aux JO !

ASPC : Quelles sont tes relations avec ton nouvel entraineur, François PEPIN ?

VM : Ce sont de très bonnes relations, c’est ce que j’attendais d’un groupe d’entrainement, à la fois très professionnel, mais avec beaucoup d’amitié. Tout va bien !

 

ASPC : Quelle a été ta préparation physique pour ces JO ?

VM : Nous avons effectué un très gros travail hivernal, il faut dire que je revenais de loin. J’ai fait un gros travail sur mon physique, car j’étais un peu rondouillette, je n’avais pas un corps d’athlète. On a fait beaucoup de foncier, d’escaliers, de travail en force, de travail de pied… J’ai perdu 7 à 8 kilos en quelques mois, en courant quasiment deux fois par jour !

 

ASPC : Et mentalement ?

VM : Nous avons préparé ces JO très sereinement. Individuellement, c’était très dur de se qualifier pour le 400m, car les minimas étaient à 51 secondes et mon meilleur temps cette année était 51’83. On s’est donc rabattu sur le relais, où j’avais plus de chance d’être qualifiée. Avec François PEPIN, la préparation aux JO s’est faite presque naturellement. Il fallait que j’ai l’esprit olympique, la hargne, d’autant que j’avais des modèles d’athlète en terme de mental, comme Leslie DJHONE et Adrianna LAMALLE. Mon père aussi m’a beaucoup aidée . Comme il était militaire, il avait l’habitude de la préparation au combat.


ASPC : Comment as-tu réagi quand tu as appris ta sélection pour le 4x400m aux JO ?

VM : En fait on le savait depuis la coupe d’Europe à Annecy au mois de juin. Il a fallu attendre que ça paraisse dans la presse pour en parler officiellement. Mais j’étais super contente, et je n’ai réalisé qu’une fois sur place.

ASPC : Quelle est l’ambiance entre les filles du relais 4x400m ?

VM : Etant donné qu’on est toutes Martiniquaises, on s’entend super bien, on se connaît pour certaines depuis très longtemps. La plus jeune c’est Thélia et la plus ancienne c’est Solen. Mais il n’y a pas un fossé des générations comme du temps d’Anita MORMAN. C’est beaucoup plus sympa, comme d’ailleurs l’ambiance dans le reste de l’équipe de France.

 

ASPC : Parles-nous du Jour J, à Pékin. Qu’as-tu ressenti ce jour là ?

VM : On était toutes les quatre en chambre d’appel, on se partage le même stress. On regarde les adversaires toutes avec nos lunettes de soleil, pour ne rien laisser transparaitre. On était dans des boxes à côté des Nigérianes et des Biélorusses. Et puis vient le moment où on rentre toutes en file indienne sur la piste. On se sent comme aspirée par une sorte de souffle, le public hurlait , d’autant plus qu’il y avait les chinoises dans notre série. Alors que sur la piste c’est presque silencieux. Il fallait se motiver et s’aider des cris du public, même s'ils étaient pour l’équipe chinoise. En fait c’est difficile à décrire. Pour l’anecdote, Aurore KASSAMBARA, notre remplaçante, avait réussi à se faufiler dans les gradins près de la piste, et on l’entendait hurler de toutes ses forces « allez les filles !! », malgré le bruit. C’était assez émouvant.

 

ASPC : Le relais démarre. Tu es la dernière relayeuse, comment te sens-tu dans ta course ?

VM : Je prends le relais et je me dis « il faut faire la même chose qu’à Annecy » (NDLR : Coupe d’Europe). Je pars à l’assaut de la Nigériane qui est 4ième. Mais ça va très vite, les dernière relayeuses courent en 51 secondes pour certaines. Je ne voulais pas gâcher tout le travail que les filles avaient fait, les équipes en tête pouvaient subir des disqualifications. Au final, on a battu notre record, en réalisant 3min26s61.


ASPC : On vous imagine toutes déçues à l’arrivée ? (NDLR : les françaises terminent cinquièmes et n’accèdent pas à la finale du relais)

VM : Très déçues, en larmes même. On ne comprend pas. Si on avait été dans la première série, on aurait pu être moins isolée dans la course et plus à la lutte. Ca a été le cas pour les Allemandes, qui font 3’25 en série et qui explosent leur record, même si en finale elles craquent en 3’28. On aurait aimé être à leur place. Et puis il faut dire que les Russes, les Jamaïcaines ont plus de remplaçantes ; quand elles s’échauffent, c’est prequ’à huit !

ASPC : Les JO finis, comment s’est passé ton retour en France ?

VM : J’ai fait un dernier meeting en Suisse, pour le «fun ». J’ai réalisé 52’42 sur 400m et une demi-heure après j’ai battu mon record sur 100m. C’est une bonne fin de saison. Et comme j’étais un peu fatiguée, j’ai pris mes vacances. Je reprends les entrainements fin septembre, avec comme objectif de travailler ma vitesse et d’essayer le 400m haies, on verra.

 

ASPC : Quel est ton avis sur l’échec des relais, notamment 4x100m, aux JO, et sur les discordes internes à l’équipe de France ?

VM : Sur place, nous n’avions aucun retour. On savait que les relais avaient échoué mais ce n’est qu’une fois arrivé en France qu’on a su tous les problèmes, par la presse. Ca n’a pas perturbé le relais 4x400, on voulait redonner des couleurs à la France. Et puis les chutes de témoin qui ont pénalisé les françaises (NDLR : au relais 4x100m féminin) ça arrive à toutes les équipes, comme la Jamaïque et les USA. Mais toutes ces histoires sont dommage, d’autant que c’est le côté collectif des relais que l’on attend.

 

ASPC : On se souvient qu’en Janvier, tu as effectué avec le groupe d’entrainement de François PEPIN, un stage en Martinique. Qu’en as-tu pensé, et cela t’a-t-il servi ?

VM : J’adore la Martinique, j’en ai profité pour revoir ma famille ! Les conditions climatiques étaient idéales et on a pu travailler correctement la préparation physique, le sprint ... Nous avons été très bien accueillis et je pense qu’on reviendra !


ASPC : Quels sont désormais tes objectifs ?

VM : Battre mes records ! Je vise évidemment les championnats du monde de Berlin (NDLR: l'année prochaine, en 2009). Je veux descendre sous les 51 secondes ; c’est la barre internationale. Et je veux avoir mon couloir aux prochains championnats.

ASPC : Quels conseils peux-tu donner aux jeunes athlètes antillais ?

VM : D'être bien entourés. L’athlétisme est avant tout un loisir, un plaisir, c’est la motivation qui permet de donner des résultats. Tant qu’on prend du plaisir, il faut continuer ! Même si je sais que pour les Antilles ce n’est pas évident. En Martinique il y a des structures, mais pas assez de moyens ! C’est étonnant que dans un même pays, la France, il puisse avoir tant de différence dans la pratique de l’athlétisme ! Mais c’est un autre débat...

 

 


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