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Entretien avec
Roger Salnot

- Sélectionneur de la Guadeloupe -
  jeudi 28 juin 2007

 

 

 
Roger Salnot peut être fier du parcours de la Guadeloupe

Le fruit du travail
 


Une semaine après la défaite de la Guadeloupe face au Mexique en demi-finale de la Gold Cup, nous avons interrogé Roger Salnot sur ce véritable exploit réalisé par la sélection aux Etats-Unis. Le sélectionneur pense, en toute simplicité, que le travail effectué depuis un certain temps en compagnie de son adjoint Alex Parnasse et de l'encadrement technique de la sélection à porter ses fruits. Il est prêt à poursuivre ce travail pour les prochaines échéances...


 

ASPC : Une semaine après, vous rendez-vous compte de l'exploit que vous avez réalisé avec la sélection de Guadeloupe ?
RS
: Je crois que l'exploit se matérialise à partir des félicitations qu'on reçoit à ce jour. Pendant la compétition, on n'avait pas porté importance à l'éclat que cela avait en Guadeloupe. C'est à notre arrivée qu'on a senti qu'il y avait une effervescence qui s'était passée au niveau de la Guadeloupe et que le public avait fédéré autour de cette manifestation pour nous soutenir.

 

ASPC : Qu'avez-vous pensé de cet accueil à l'aéroport à votre arrivée en Guadeloupe ?
RS
: Pour une arrivée très matinale (4 heures du matin), on a trouvé qu'il y avait beaucoup de monde ; les pompiers ont manifesté à travers leur sirène. Il y a eu un certain nombre de personnes qui sont venus nous accueillir, que ce soit des parents ou la population. On avait quelques informations mais, c'est là qu'on a vraiment vu que c'est une compétition qu'ils ont tous vécu devant leur télévision en nous supportant. Je crois que c'est une bonne chose que, lors de ces moments, les Guadeloupéens se solidarisent.

 

ASPC : Est-ce que vous espérez que cet engouement va se poursuivre sur le championnat ?
RS
: J'aurais souhaité que ces retombés puissent continuer lors des championnats mais, sitôt cette compétition passée, on a la Coupe des Champions et on n'a pas ressenti cet engouement des gens derrière l'Étoile (ndlr: éliminatoires de la Coupe des Clubs Champions d'Outremer qui se déroulent en Guadeloupe actuellement). Est-ce qu'on peut dissocier clubs et sélection ? Je crois que tout cela c'est la Guadeloupe. A partir du moment où il y a un club qui défend les couleurs de la Guadeloupe, il faut considérer que c'est la Guadeloupe. Le match des champions est peut-être trop près du tournoi qui vient de se passer mais, je n'ai pas vu lors de cette rencontre (ndlr: face au Club Franciscain mardi 26 juin aux Abymes) cet engouement .

 

ASPC : Est-ce que lors du 1er tour en septembre 2006, en Guadeloupe, vous vous imaginiez arriver jusque là ?
RS
: On avait pour objectif d'aller à la Gold Cup. Le tournoi de septembre était un peu tôt dans la saison mais, on a réussi. Arrivé à Trinidad, on avait pour objectif de passer. Et nous avions mis en place une stratégie que nous avons suivi une fois qualifiés. Nous sommes arrivés en demi-finale, c'est tant mieux pour nous.

 

ASPC : Quel souvenir principal allez-vous garder de cette Gold Cup qui était la 1ère de la Guadeloupe ?
RS
: Sur le plan sportif, la qualité du jeu. La, il faut reconnaître qu'il y a avait une qualité de jeu à tous les niveaux. C'est sur ce plan là qu'on tire une satisfaction. On a pu répondre par notre façon de jouer aux autres équipes. L'autre point, c'est l'engouement médiatique qui se passe autour de cette manifestation. Que ce soit le public qui adhère. Pour des Américains qui ne sont pas très football mais, qui ont des moyens pour pouvoir recevoir cette grande manifestation. On a joué devant des stades remplis ; il était très difficile de donner des consignes aux joueurs sur le terrain dans la mesure où l'on ne s'entendait plus. Il y avait cette engouement populaire dans les tribunes. Et aussi, le professionnalisme de la manifestation par rapport à ce que nous avons l'habitude de voir, c'est-à-dire une organisation rigoureuse.

 

ASPC : Vous avez commencé la préparation du groupe depuis plus de 2 ans. Mais, comment avez-vous réussi à obtenir cette cohésion avec les joueurs professionnels qui sont arrivés juste 10 jours avant la compétition ?
RS
: Il y avait un choix à faire sur les joueurs. On a bien réfléchi. Il fallait avoir des joueurs qui pouvaient cadrer avec notre mentalité même s'ils jouaient à un échelon supérieur. Il fallait qu'ils aient la particularité, tout en étant professionnel, d'avoir un regard sur notre façon de faire et de fonctionner. Il ne fallait pas avoir des joueurs qui soient très habiles et très doués mais qui nous auraient posé problème sur le plan de la mentalité. On a donc cherché à avoir des joueurs de toutes les divisions confondues (National, D2, D1) mais avec une mentalité qui nous permette d'avoir une certaine assise morale et que le groupe se sente souder. Ce qui était important pour nous, c'était d'être une équipe. Indépendamment de la qualité intrinsèque des joueurs, c'était d'avoir un groupe qui vivait bien ensemble. Je crois que la réussite que nous avons eu est passée par là en 1er plan.

 

ASPC : Donc, la prospection au niveau de ces joueurs s'est faite très en amont.
RS
: Oui. On y a pensé avant, on a consulté, on a vu, on a discuté aussi avec certains. A partir de là, on s'est fait une idée sur tout un chacun, ce qui nous a permis d'avoir un éventail suffisamment large de façon à pouvoir, en cas de défection, appeler un autre.

 

ASPC : On a entendu parler de certaines tensions entre les joueurs évoluant en Guadeloupe et les autres du fait qu'ils ne jouaient pas. Qu'en a-t-il été ?
RS
: C'est à dire que les journalistes, à partir d'u propos ou d'une manifestation quelconque, présentent un certains nombres de données. On avait des joueurs locaux et des joueurs expatriés. Les joueurs locaux savaient très bien à quoi s'en tenir donc, on a fait notre équipe et cela n'a pas posé de problèmes. Avant le Costa Rica, pour certains, on était déjà qualifié donc, cela voulait dire qu'on aurait pu élargir l'assiette des joueurs et faire jouer tout le monde. Mais, même si on avait déjà 4 points, on n'était pas sur d'être qualifié car, si on perdait avec un score très large, devant le Costa Rica, on pouvait ne pas être meilleur 3ème. C'est donc en ce sens qu'on a maintenu l'équipe pour ne pas prendre plus de 2 buts en cas de défaite. Notre principal objectif, c'était de passer le 1er tour. On était venu pour une compétition et non pour, à un moment donné, faire plaisir à tout un chacun en fonction des résultats. En ma qualité de sélectionneur, je suis resté dans ma logique. Eux, ils ont mal interprété parce que, à un moment, certains avaient laissé penser que, dans les compétitions précédentes, avec 4 points, on était meilleur 3ème. Mais, cette année, dans tous les autres groupes, il y avait une possibilité de nous dépasser. Donc, il fallait être prudent et on l'a été.

 

ASPC : Comment expliquez-vous votre rigueur dans l'organisation tactique et l'animation dans tous les matches ?
RS
: Cela s'est travaillé dans la mesure où, depuis que nous avons pris la sélection, on s'est aligné sur ce qui est moderne. On a laissé le marquage individuel pour jouer une défense de zone, une défense à plat avec des variantes en 4-4-2 ou en 4-1-4-1. On avait l'habitude de jouer ces principes de jeu. Et, les joueurs que nous avons contacté jouent, pour la majorité des clubs que nous avons vu, dans cette formation : 4-4-2 avec les 2 joueurs excentrés qui sont des animateurs et les 2 milieux intérieurs sont des demi-défensifs. Ces joueurs évoluaient dans la même organisation que celle que nous pratiquons donc, sur le plan tactique, cela ne nous a pas posé de problèmes, cela s'est fait tout naturellement. Ce qu'il fallait voir, c'était si les affinités se créaient et, je crois que la semaine que nous avons faite en Guadeloupe avant le départ, nous a permis de réajuster un certains nombres de choses et de voir comment on jouerait. Cela n'a fait que suivre le chemin qu'on avait déjà tracé avant et, je crois, que ce c'est un part de notre réussite aussi.

 

ASPC : Un joueur comme Jocelyn Angloma vous a-t-il surpris pendant la compétition et quel a été son apport ?
RS
: Pas sur ces qualités techniques. C'est surtout sur ces qualités physiques sur une telle compétition avec des matches à répétition. Mais, on l'a ménagé au début, il n'a pas débuté contre Haïti pour le préserver pour le match contre le Canada. Au fil des matches, il est monté en puissance.

Haïti s'est plaint parce qu'il avait déjà joué en équipe de France. Il y a eu un tas de réserves pour ne pas le faire prendre part à la compétition mais, comme on avait des dérogations écrites de la CONCACAF, cela a tourné court. Sur le plan du jeu et de l'engagement, il a été le modérateur, le stabilisateur de l'équipe. Il calmait les esprits quand les Sud-américains commençaient à tricher. Je pense que cela a permis à nos joueurs de ne pas tomber dans la provocation (ndlr : la Guadeloupe n'a eu aucun carton rouge). En plus, un autre point a été à notre avantage. Dans cette équipe, on avait des joueurs qui maîtrisaient très bien les langues. Lui, notamment, l'espagnol donc, il comprenait très bien le langage des uns et des autres. Cela a posé un certains nombres de problèmes à certains arbitres. Quand c'était en anglais, on avait 4 ou 5 joueurs dans l'équipe qui maîtrisaient l'anglais. Donc, on avait un contexte linguistique qui permettait à tout moment de répondre.

 

ASPC : Allez-vous continué avec cette sélection ?
RS
: L'assemblée générale n'a pas encore eu lieu. Mais, j'espère bien poursuivre le travail. Il va falloir reconstruire puisque Alain Vertot va arrêter en sélection ; Jocelyn Angloma met un terme à sa carrière.
On a 2 objectifs. Celui qui se passe au niveau du département avec des joueurs locaux. Et, à partir du moment, où cela va devenir international, nous allons faire comme toutes les autres nations, c'est à dire nous renforcer. Parce qu'on pense que c'est la seule façon pour exporter notre football. Notre championnat n'est pas suffisamment relevé même s'il y a la Ligue Antilles Foot, on n'a pas suffisamment de matches de haut niveau. Je pense aussi qu'il nous manque des infrastructures pour avoir vraiment des joueurs de qualités pour augmenter le niveau de notre football. Cela doit d'abord passer par les infrastructures depuis les jeunes jusqu'aux seniors. Il faut pouvoir faire travailler toutes les sections pour que, arriver en senior, ceux qui sont restés en Guadeloupe soient compétitifs. Il faut savoir que chaque année, on perd 3 ou 4 jeunes dans la mesure où le centre de formation fournit chaque année, depuis 4 ans, des joueurs aux clubs de métropole. C'est donc avec ceux qui sont restés, qui sont moins bons que ceux qui sont partis, qu'il faut arriver à les maintenir dans des compétitions de haut niveau pour avoir une équipe senior qui tienne la route.

 

ASPC : Justement, comment voyez-vous la nouvelle compétition qui va remplacer la Coupe des Clubs Champions d'Outremer et qui va concerner les sélections ?
RS
: La sélection quelque fois, c'est l'arbre qui cache la forêt.  Parce que la sélection nous permet de prendre les individualités de chaque club, de faire un travail pour pouvoir représenter la Guadeloupe. A certains moments, on a une bonne promotion donc, sur 2 ou 3 ans, on a une bonne sélection. Ce que je souhaite, c'est, arriver à un certain niveau, pouvoir se maintenir. Et, pour cela, il faut les infrastructures et un travail conséquent qui se fasse. Les matches de sélection, cela permet de voir le  niveau. Mais, cela ne me permet pas de faire travailler ma base, les clubs, car c'est leur travail qui permet d'avoir une bonne sélection. Plus les clubs auront des outils pour travailler, mieux je serai. Donc mettre etcetera de compétitions pour la sélection senior, c'est motivant pour les joueurs. Mais, il ne faudrait pas que, en mettant cela, on ne fasse rien derrière en ce qui concerne les infrastructures, les aires de jeu, la promotion sociale du football. Donc, c'est tout un ensemble. Il ne faut pas que les compétitions ne concernent que les seniors. Car, quelque soit leur talent, si on met des joueurs dans les compétitions uniquement quand ils arrivent en senior, il leur faudra un temps d'adaptation par rapport aux autres nations qui ont des compétitions à tous les étages.

 

ujc

 

 

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