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"Je suis une furieuse canalisée"
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"Ce sera énorme de partager une médaille avec ces jeunes en novembre" |
De passage en Martinique après une belle médaille de bronze à l'épée par équipe lors des Championnats d'Europe en Allemagne, Maureen Nisima nous a accordé un entretien. L'épéiste martiniquaise est la marraine d'une opération qui va conduire une dizaine de jeunes escrimeurs martiniquais à assister aux Championnats du Monde en novembre prochain à Paris. A 29 ans, Maureen Nisima espère beaucoup de ce rendez-vous de l'escrime au Grand Palais. C'est une sportive et une femme déterminée et pleine d'humour que nous avons rencontré...
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| Pimousse car "petit mais costaud" |
ASPC : Première petite mise au point. Quel est ton surnom Moustique ou Pimousse ?
Maureen Nisima : C'est Pimousse ! Moustique a été une reprise de journalistes, un raccourci facile pour me comparer à Laura (ndlr : la Guadeloupéenne Laura Flessel surnommée la Guêpe) mais, le vrai surnom c'était Pimousse car il y avait une publicité pour une marque de bonbon qui disait petit mais costaud. Et, je suis une des plus petites du circuit mais, je ne rigole pas (rire), d'où Pimousse.
ASPC : Ce n'est plus le cas ?
MN : Si si mais, il y a de moins en moins de personnes qui osent....(rires).
ASPC : Comment as-tu débuté l'escrime ?
MN : Je n'étais vraiment pas fan de films de cape et d'épée, je n'avais pas d'idole champion d'escrime. J'avoue que ce n'était pas mon truc. Je faisais de la comédie, j'étais dans le milieu du spectacle donc cela n'avait vraiment rien à voir. Même si en escrime il y a un rituel de spectacle, il faut s'habiller... J'étais à l'école des enfants du spectacle mais nous avons déménagé et, comme c'était très loin, j'ai arrêté. Il a fallu trouver une autre activité pour canaliser l'énergie. Je n'aimais pas les sports collectifs car je n'aimais pas perdre à cause des autres (j'étais très bête au début...) et je ne voulais pas me faire bousculer. Je ne voulais pas courir parce que je déteste ça. A la rentrée, je suis donc allée au forum des associations pour les inscriptions aux différentes disciplines sportives dans la vie et on me dit de venir à l'initiation escrime. Ma marraine me traîne là-bas, j'étais en jupe à volant et en chaussures rouges ce jour là. J'ai enfilé une veste et c'était parti. J'avais 6 ans et demi.
ASPC : C'était un don caché
MN : Oui, je pense que ce sport m'attendait. J'ai arrêté 2 ans après parce que j'avais des petits soucis de croissance et je n'étais plus motivée. Très tôt tu fais des compétitions à l'escrime donc tu peux vite t'amuser. J'ai gagné tout de suite, dans les petites catégories, je battais même les garçons. Arrivée à l'adolescence, il y a les soirées, les fêtes, les anniversaires et toi, tu ne vas pas car il y a des compétitions. Et quand tu reviens au lycée le lundi, tu ne sais pas de quoi on parle car tu n'étais pas là...Donc, j'ai eu une petite période de démotivation qui a duré 2 ans pendant lesquels j'ai fait de la danse folklorique dans un ballet et puis je suis finalement revenue à l'escrime.
ASPC : Et ensuite il y a eu le haut niveau
MN : Cela n'a pas marché tout de suite car j'étais trop bonne élève, trop sage, très disciplinée. Je faisais ce qu'on me disait et j'ai mis du temps à trouver mon identité, à laisser parler la folie. Car, en fait, je pense que je suis une furieuse (sourires). Une furieuse canalisée. Et, à certains moments dans le match, c'est comme si tu entres en transe. Tu laisses parler la furie...c'est cela mon truc. Il a fallu du temps pour que je puisse y arriver et m'exprimer pleinement.
ASPC : En 2001 c'est le 1er titre de championne de France
MN : Oui mais, j'étais encore bonne élève. C'était l'année de ma 1ère sélection en senior en championnat du monde. La même année, j'étais aussi en équipe de France junior. En 2002, je gagne le championnat d'Europe et là, il s'est passé quelque chose. En 2003, j'ai été vice championne du monde. Après, j'ai compris que c'était possible et 2004 a vraiment été la révélation aux Jeux. J'ai de gros trous noirs concernant la journée où je gagne la médaille de bronze en individuel. J'étais vraiment dans un état second. C'est une sensation énorme riche en émotion. Dans la vie, tu ne retrouves pas cela dans beaucoup de secteurs.
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| "je suis pleine de ferveur et d'humour" |
ASPC : Pourquoi avoir choisi l'épée comme arme ?
MN : Cela a été un choix par dépit au départ. En fait, j'étais fleurétiste dans un club qui formait aux 3 armes. Il faut savoir que les clubs en général forment les enfants aux 3 armes mais, ensuite, les clubs sont spécialisés dans une arme. Donc, les enfants sont dirigés vers l'arme qui est pratiqué dans le club. J'avais le choix entre 2 armes puisque le sabre n'était pas autorisé pour les filles à l'époque. J'étais très forte au fleuret. Après mon arrêt de 2 ans, je faisais les 2, fleuret et épée. J'étais sélectionnée pour les 2 lors des compétitions nationales. Or, cela se déroulait les mêmes week-end donc il a fallu que je choisisse. Sachant qu'il n'y avait plus de catégorie de fleurétiste dans mon club, soit je changeais de club, soit je changeais d'arme. Je suis une fidèle donc j'ai changé d'arme et je suis restée dans mon club à Aulnay-sous-Bois jusqu'en 2003. Et puis, en 2003, j'ai signé à Levallois. Dans ma vie, j'ai fait 2 clubs d'épéistes.
L'épée, c'est aussi un tempérament assez spécial.
On peut comparer les 3 armes au sprint pour le sabre, au demi-fond pour le fleuret et au fond pour l'épée. L'épée, c'est l'arme de l'expérience, de la matûrité. C'est l'arme la plus tactique à mon avis car c'est un jeu d'échec. C'est vraiment l'arme des roublards.
ASPC : Donc quand on gagne à 22 ans à l'épée...
MN : J'étais précoce. J'en ai conscience. Après, cela a été dur. Les gens ont eu du mal à comprendre que j'ai eu des creux mais, c'est parce que j'ai du me remettre en question.
ASPC : Comment est la femme Maureen Nisima ?
MN : Je pense que je suis dans la vie comme dans le sport. Je suis pleine de ferveur et d'humour.
ASPC : La vanne dont on parlait tout à l'heure a-t-elle déjà été ouverte aussi dans la vie ?
MN : Oui (rires). Après, il est difficile de trouver quelqu'un pour...régler le débit. Ce n'est pas forcément évident. Je sais que, de part aussi mon histoire familiale, j'ai un fort caractère, je sais ce que je veux et où je vais. D'une manière générale, je me suis toujours donnée les moyens de faire ce que je voulais. Parfois, peut-être que je prends un peu de place et là, j'ai besoin de répondant. J'ai besoin de quelqu'un pour me freiner, pour me raisonner. J'accepte très bien, je ne suis pas rancunière, je ne me vexe pas facilement. J'aime échanger et discuter. Mais, je suis très exigente parfois un peu trop avec les gens que j'aime et qui me sont proches. J'ai du mal à accepter que les gens pour qui j'ai de l'estime se contente de quelque chose. Je suis un peu intolérante là-dessus mais, j'y travaille (sourire).
ASPC : En tant que sportive de haut niveau, l'exigence est un peu normale. Il ne faudrait fréquenter que des sportifs de haut niveau
MN : Ce n'est pas très bon non plus. J'ai essayé et cela finit par se transformer pour les uns et pour les autres en complexe d'infériorité ou de supériorité. En fait, j'ai appris de mes expériences qu'il fallait avoir beaucoup de gens autour de soi qui viennent d'horizons différents avec qui échanger. C'est ce qui enrichit.
ASPC : As-tu des loisirs ?
MN : J'adore la danse et, j'aurais voulu continuer à danser. Mais, je n'ai pas du tout le temps parce que l'escrime me demande un investissement quotidien avec des compétitions nationales et internationales le week-end. Les 2 calendriers se chevauchent. A côté de cela, j'ai besoin de travailler, de payer mes factures comme tout le monde. Je ne suis pas footballeuse, golfeuse ou tennis woman. Je pratique un sport AMATEUR avec un investissement de pro mais pas les revenus. J'ai donc besoin de travailler et, c'est très compliqué à mettre en place car il y a très peu d'entreprises aujourd'hui qui se rendent compte du bénéfice que cela peut être d'avoir un sportif de haut niveau dans ses effectifs. En ce moment, je cherche du boulot.
A côté de cela, je m'entraîne tous les jours, 2 à 3 heures quotidiennement, donc j'ai très peu de loisirs. Je vais au cinéma parce que j'aime bien. Mais, je n'ai vraiment pas le temps. J'aurais voulu prendre des cours de salsa. J'aurais voulu faire du golf car j'adore ça.
ASPC : Ce sera pour après. Tous les sportifs de haut niveau font du golf après leur carrière...
MN : Non ! Après je serai une working girl, je n'aurais pas le temps. Je vais voyager, visiter tous les pays dans lesquels j'ai été et dont je n'ai vu que les aéroports et les hôtels...(sourires)
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| "je suis Martiniquaise" |
ASPC : Quel est le dernier film que tu as vu au cinéma ?
MN :Twilight car je suis la saga. J'aime bien le fantastique, j'aime bien partir rêver dans des trucs imaginaires. Quand je vais au cinéma, souvent, je n'ai pas envi de réfléchir.
ASPC : Cela t'arrive-t-il de lire ?
MN : En ce moment, je lis Les Fourmis de Bernard Werber. J'avais déjà lu l'Empire des Anges qui m'avait vraiment frappé. Mais, j'ai des difficultés avec les livres, je n'arrive pas à les finir. Car, pour moi, c'est soporifique. Quand je n'arrive pas à dormir durant une compétition, je prends un bouquin. Au bout d'un moment quand je lis 5 ou 6 fois la même ligne, je sais que je peux le poser car je vais dormir.
ASPC : Quel est ton rapport avec la Martinique ?
MN : Je ne suis pas née à la Martinique mais à Bondy dans le 93. Pourtant j'ai toujours grandi dans la culture de mon pays car, pour moi, la Martinique est aussi mon pays. Je fais la distinction parce que, parfois, je me suis sentie Française à part et Martiniquaise à part. Je ne savais pas trop où était ma place...si c'était dans l'avion (sourire)....En tout cas, personne ne m'enlèvera de la tête que je suis Martiniquaise.
Mes parents vivent ici (en Martinique) depuis longtemps maintenant. Mon petit frère a fait classe ici, il a fait de l'escrime ici. J'ai beaucoup de camarades en équipe de France qui sont Antillais. Pour moi, il y a toujours eu un vrai lien tant dans la culture que dans le sport et, je me devais de prendre cela en main avec cette action avec les jeunes. Quand les choses se passent bien, les medias viennent te voir par contre, dans les moments où cela se passe moins bien, ton téléphone ne sonnent plus. Donc, je devais profiter du fait que je sois dans une phase
où cela se déroule bien, pour faire parler de ma discipline, des gens qui travaillent dans l'ombre. Nous pratiquons une discipline olympique qui reste très confidentielle. Et, je trouvais cela injuste de ne pas rendre la pareille à la Martinique qui est un énorme vivier de champion. Il n'y avait pas de raisons que je ne participe pas à la promotion de la Martinique et à la reconnaissance des formateurs et de l'école martiniquaise d'escrime.
ASPC : Les championnats du monde à Paris et en plus avec, si tout se passe bien, les jeunes Martiniquais dans l'assistance...
MN : J’ai de bonnes chances de ramener quelques médailles en novembre. J’ai travaillé pour cela toute la saison. Je me dis que si, en plus, on peut faire cela devant les petits Martiniquais, ce serait énorme. J’ai toujours dit que j’ai beaucoup reçu et que, maintenant que j’ai plus d’escrime derrière moi que devant, je veux aussi donner. C’est ce que je voulais faire depuis longtemps : communiquer sur ce qu’est un sportif de haut niveau, surtout avec des jeunes.
De toute façon, les bons moments sont meilleurs quand ils sont partagés avec quelqu’un. Tout seul avec ta médaille, ce n’est pas très intéressant donc, ce serait vraiment formidable de la partager avec ces jeunes.
ASPC : As-tu quelque chose à ajouter ?
MN : Pour l'instant l'escrime dans les Antilles n'a pas encore eu l'heure de gloire qu'elle mérite, en tout cas en Martinique. Il manque ici une vraie salle d'escrime où les enfants peuvent se retrouver et pour que les adultes aient aussi envi de venir pratiquer l'escrime. Je sais que dans mon club à Levallois, l'escrime pour adulte débutant est très développé, les gens s'éclatent super bien. Les entreprises qui sont aux alentours du club viennent à la pause déjeûner pour pratiquer. Les jeunes c'est bien mais pour faire vivre un club, il faut tous les âges et l'escrime est accéssible à tous. On mérite d'avoir une vraie belle structure ici. Je veux bien que l'on soit handicapé du point de vue géographique mais, il faut trouver un moyen de pallier financièrement.
Maureen
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| En novembre, Maureen espère que le métal sera de couleur plus brillante |
Age : 29 ans - Taille : 1m65
Arme :
Epée
Clubs :
2003 - : Levallois SC
1988 -2003 : Aulnay-sous-Bois
Palmarès
Jeux Olympiques
2004 : Médaille de bronze en individuel et par équipe à Athènes
Championnats du Monde
2008 : Championne du Monde par équipe à Pékin
2007 : Médaille de bronze en individuel à Saint-Petersbourg
2006 : Vice-championne par équipe à Turin
2005 : Championne du Monde par équipe à Leipzig
2003 : Vice-championne en individuel
Championnats d'Europe
2010 : Médaille de bronze par équipe à Leipzig
2002 : Championne d'Europe en individuel à Moscou
ujc
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