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"Je veux valoriser la Martinique car on n'en parle pas assez en France" |
En route pour la WNBA !
Sandrine Gruda poursuit son ascension fulgurante. La basketteuse martiniquaise va découvrir dès la semaine prochaine la WNBA, le championnat américain. Après une saison pleine avec son nouveau club russe d'Ekaterinbourg, la meilleure joueuse française de la saison 2006-2007 touche enfin au but. Son choix de carrière provoque quelques remous car elle ne participera pas aux qualifications pour le championnat d'Europe 2009 en août avec l'équipe de France. Maisdu haut de ses 21 ans, elle assume parfaitement ses choix. De passage en Martinique avant son départ pour les Etats-Unis, nous avons interrompu sa séance de musculation quotidienne pour prendre de ses nouvelles...
ASPC : Comment
s'est passée la saison à Ekaterinbourg ?
SG : Ca a été une saison très chargée en compétition et en émotion aussi car on s'est qualifié pour le Final Four (dernier carré de la Coupe d'Europe où elles ont perdu en demi-finale face au futur vainqueur le Spartak Moscou) au dernier moment. J'ai beaucoup appris au cours de cette année. C'est un autre niveau par rapport à la France et, à mon avis, c'est le meilleur niveau en Europe. Cela forge le mental. Physiquement, on est obligé d'évoluer, de passer un cap. C'était vraiment important pour moi de le faire.
ASPC :
Au niveau de l'adaptation est-ce que cela s'est bien déroulé ?
SG : C'est la Russie, il fait très froid. Les températures peuvent atteindre -30 ou -40 °C. Mais, mon adaptation s'est bien passée car je suis tombée dans un bon groupe. Il y avait une bonne atmosphère, une bonne ambiance. On était toute soudée. Il y avait aussi les coachs français (Laurent Buffard, ancien entraîneur de Sandrine à Valenciennes) et cela m'a aidé. C'est toujours bien, pour une 1ère saison à l'étranger, de garder quelques repères dans le jeu, dans les entraînements. Par contre, il faut pouvoir aussi prendre des repères dans la ville sinon, on se retrouve un peu perdu. C'est ce que j'ai fait après la trêve de Noël et ça a été.
ASPC : Est-ce que cela a été difficile pour toi ?
SG :
Vu notre position géographique (centre-sud de la Russie), on a beaucoup de grands déplacements. Dans notre club, nous avons des charters à notre disposition donc c'est plus facile que si nous prenions des vols réguliers mais, il y a quand même beaucoup d'heures de vol. Le décalage horaire est énorme. Ne serait-ce que pour aller à Moscou, on a moins 2 heures. Imaginez hors de la Russie ! C'était donc assez éprouvant à ce niveau. Il fallait vraiment bien récupérer et être très sérieuse.
ASPC : Tu t'es donc mis au russe
SG : Je connais quelques mots mais, je ne peux pas dire que je parle russe...
ASPC : Est-ce que les objectifs du club ont été atteints ?
SG :
Pas exactement. En championnat, on visait la 1ère ou la 2ème place mais, nous ne sommes pas les uniques prétendantes dans ce championnat. On termine 3ème, les dirigeants auraient préféré mieux. Mais, notre participation au Final Four a été une satisfaction par rapport aux années précédentes car cela faisait longtemps que le club n'y avait pas participé (depuis 2003).
ASPC : Ta musculature a changé depuis l'an dernier. Quelle est la différence au niveau des entraînements par rapport à la France ?
SG :
Les entraînements eux-mêmes n'ont pas changé pour moi puisque j'ai retrouvé les mêmes entraîneurs. Par contre, c'est vrai qu'au niveau physique, il m'a fallu prendre de la masse. Pour une intérieure, je suis .... féminine, trop mince. Les autres intérieures sont très barraquées, elles pèsent dans la raquette donc il fallait absolument que je m'améliore à ce niveau là.
ASPC : Tu vas découvrir la WNBA. Comment vois-tu cela ?
SG :
Cela me tenait vraiment à coeur. C'était l'un de mes objectifs depuis que j'étais en Martinique : aller aux Etats-Unis pour essayer, tester le niveau, pouvoir me confronter au plus haut niveau. C'est ce qui se fait de mieux physiquement, techniquement, tactiquement. Je pense qu'il faut se confronter à ça pour pouvoir vraiment progresser. J'ai été draftée l'an dernier par les Connecticut Sun au 1er tour à la 13ème place. Je n'ai pas pu y aller car j'avais vraiment un projet avec l'équipe de France : aller aux Jeux Olympiques. Malheureusement, on n'a pas réussi puisqu'on finit 8ème de l'Euro 2007. Donc, cette année, je me suis dit que ce serait l'année ou jamais. Je ne disputerai pas les qualifications pour l'Euro 2009 pour me consacrer à la WNBA. Car, je pense que l'équipe de France peut se qualifier sans moi. Ce n'est pas l'avis de tout le monde. Mais, je compte sur mes partenaires car je ne suis pas la seule et l'unique en équipe de France : il faut être 5 sur un terrain. Ils voulaient que je sois là, que je participe. Ils étaient vraiment contre le fait que j'aille en WNBA et cherchaient une solution par rapport au programme aux Etats-Unis. Mais, l'ayant déjà fait l'an dernier, je ne peux pas faire 2 compétitions pendant l'été, c'est trop difficile physiquement. J'ai déjà souffert de ça par rapport à mon genou et j'aimerais prendre mon temps pour faire une compétition après l'autre. J'ai donc fait mon choix. C'est difficile pour certains mais, je tiens à gérer ma carrière comme je l'entends. J'espère que nous allons nous qualifier pour l'Euro. De mon côté, j'espère gagner en expérience pour pouvoir revenir plus forte tout simplement.
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ASPC : Comment cela va se passer concrètement aux USA ?
SG : Ce sera vraiment plus difficile. Le programme est vraiment serré, il y a 3 matches par semaine donc avec les déplacements, ce sera dure. Je me suis renseignée auprès d'une de mes coéquipières qui m'a dit qu'ils sont beaucoup plus exigeants à l'entraînement et dans la vie de groupe.
ASPC : Si cette expérience est bonne, comment envisages-tu la suite de ta carrière ?
SG : J'aurais vraiment à réfléchir chaque été. Si l'expérience se passe bien, j'aurais envie d'y retourner mais, en même temps, je suis attachée aux couleurs de la France. L'équipe de France, c'est énorme. Ce sont les championnats d'Europe, les championnats du Monde et les Jeux Olympiques alors qu'en WNBA, je n'ai pas la possibilité de franchir tout ces caps. A l'heure actuelle, je ne peux rien dire sur la suite.
ASPC : La vie de la basketteuse Sandrine Gruda a pris une bonne tournure depuis 2 ans
SG : Oui. Pour l'instant, cela se passe bien. Je pense qu'il faut vraiment savoir ce qu'on veut et essayer de faire abstraction de tout ce qui se passe autour. Quand j'ai fait le choix d'aller à Ekaterinbourg, il y a des gens qui me disaient que j'étais trop jeune, que j'avais le temps. Heureusement pour moi, cela s'est bien passé. Pour les Etats-Unis, c'est pareil. Je crois que c'est ce qui forge le sportif. Pouvoir faire la part des choses et aller dans la direction que l'on souhaite car la carrière est vraiment courte. Je ne compte pas faire ce qu'on m'ordonne de faire mais ce que je veux réellement faire.
ASPC : Y a t-il quelque chose que tu voudrais dire ?
SG : Cette réussite me fait plaisir c'est clair. Mais, je fais cela aussi pour que la Martinique soit valorisée parce que je trouve, qu'en France, on ne parle pas assez des Martiniquais. On a quand même de bons éléments, de bon sportifs qui réussissent et qui sont vite oubliés. On peut produire des jeunes et il suffit juste de leur donner leur chance. Je voudrais aussi remercier les gens qui sont derrière moi et qui me poussent à aller plus loin : ma famille, les amis.
ujc
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