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week-end du 24 août 2008

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 Martinique  

Entretien avec

Max MORINIERE

Président de l'Association Pour le Renouveau de Dillon

 

Podium du cross organisé par l'US Robert - Photo AF

"Donnons-nous les moyens de former des champions !"


Au début des années 90, il a été l’athlète des grands rendez vous : championnats de France, d’Europe, du Monde, Jeux Olympiques...Max MORINIERE a inscrit son nom dans l’histoire de l’athlétisme Martiniquais, Français et International en devenant notamment recordman du monde du 4x100m en 1990 et médaille de bronze au relais 4x100 mètres aux Jeux Olympiques de 1988 à Séoul....


 

20 ans après, l’ancien sprinteur a toujours cette passion et cette détermination, caractéristiques des grands champions, qu’il associe à un certain franc parlé. Dans un contexte de tensions entre la FFA (Fédération Française d’Athlétisme) et la LRAM (la Ligue Régionale d’Athlétisme Martiniquais), de déception aux JO pour les athlètes antillais et de perte de vitesse annoncée de l’athlétisme Martiniquais, Max MORINIERE n’hésite pas à pointer du doigt les failles de l’athlétisme actuel. Pour lui, il faut que les athlètes arrêtent de se plaindre et de se lamenter et que les responsables sportifs et politiques se décident à mettre enfin en place une politique de haut niveau, en Martinique. Une démarche nécessaire afin de préserver ce qu’il appelle « l’esprit de clocher » et permettre ainsi aux sportifs d’évoluer pleinement, chez eux.
Une verve, une expérience et un engagement qu’il met aujourd’hui au service du club dont il est président depuis deux ans : l’Association Pour le Renouveau de Dillon (APRD).

 

ASPC : Max Morinière, pourquoi avoir créé l’Association pour le Renouveau de Dillon ?

MM : Au départ, l’APRD était essentiellement une association qui se chargeait de l’événementiel auprès des personnes âgées ou handicapées par exemple, ainsi que lors de grands événements comme le meeting du Conseil Général ou le Grand Prix Cycliste Hugues Bouton. Depuis 2007, la section athlétisme a été créée et elle a particulièrement bien fonctionné cette année.

 

Mickaël Morinière - Photo AF

ASPC : Justement, quel bilan tirez-vous de la saison 2008 pour l’APRD ?

MM : Ca a été une très bonne saison, nous avons d’ailleurs pu participer à quasiment tous les cross et meeting. La satisfaction est également venue d’athlètes comme Mickael Morinière et Lisa ROUSSI, finalistes aux Carifta Games et sélectionnés pour les matchs « minimes » et « Cadet/Cadettes » (NDLR : ces matchs opposent la Martinique à la Guadeloupe). J’ai d’ailleurs comme objectif d’emmener Lisa aux prochains championnats de France. Aujourd’hui, le club compte à peu près une quinzaine de licenciés ainsi qu’une dizaine de cadres et je ne tiens pas à ce l’effectif grossisse absolument l’année prochaine.

 

ASPC : Sur quels principes basez-vous vos méthodes d’entrainement ?

MM : Avec les gamins, je travaille avant tout leurs capacités pulmonaires, la ventilation, la respiration. Il faut dire que certains jeunes ont déjà hérité de « gènes rapides »... Mes athlètes sont issus de familles aux souches athlétiques : Charpentier Titi, Jabol, Morinière... qui veulent un peu imiter les parents. L’important pour moi est de valoriser ces enfants, en les récompensant par exemple par des médailles.

 

ASPC : Que pensez-vous des derniers championnats de France qui se sont déroulés en juillet ?

MM : Il y a toujours des d’athlètes habitués à ramener des médailles, comme Jessica Alcan (NDLR : spécialiste du 100m haies, Club Colonial). Mais ce nombre est en régression et les titres remportés se concentrent sur certaines disciplines précises. On observe notamment cette baisse aux Cariftas Games (NDLR : compétition caribéenne).

ASPC : Quel avis portez vous sur la place qu’occupe actuellement l’athlétisme Martiniquais, dans la Caraïbe ?

MM : Nous n’avons plus la place que nous occupions à l’époque des FARRAUDIERE, PANZO, MARAN... N’oublions pas que par le passé nous avons été recordman et champions de la Caraïbe du 100m ! Aujourd’hui, très peu de champions martiniquais émergent. Cela peut s’expliquer notamment par le fait qu’il n’y a pas de continuité dans le travail effectué par les précédents présidents de la LRAM (Ligue Régionale d’Athlétisme de la Martinique).

 

Max Morinière et quelques uns des autres présidents

ASPC : Comment jugez-vous les performances françaises aux JO, notamment des relais 4x100m disqualifiés et de la polémique autour du forfait de Pognon ? (NDLR : Ronald Pognon a décidé au dernier moment de ne pas participer au 4x100m pour blessure, ce qui a poussé l’entraineur du relais Guy ONTANON à démissionner, voir brève « JO : relais, entre hécatombe et polémique »)

MM : Pognon et Guy Ontanon c’est une vieille histoire, Ontanon étant l’ancien entraîneur de Pognon. Mais ces JO sont avant tout l’occasion pour moi de pousser un coup de gueule : il y en a marre de voir autant de blessés en équipe de France avant les compétitions. Je l’ai déjà dit : les athlètes forcent lors des entrainements, en cherchant à réaliser des bons « chronos ». Résultat : en compétition, ils n’ont plus de jus. C’est ce qui est arrivé à Christine ARRON et Leslie DJHONE. En ce qui concerne nos Martiniquais, ils ont préféré durant toute l’année se réserver pour les Championnats de France et les JO. Du coup, ils n’ont pas de rythme, pas de jus, car ils n’ont pas assez couru ! Alors qu’un athlète comme Usain BOLT (Jamaïcain Champion Olympique et nouveau recordman du 100m, 200m et 4x100m) a participé à plein de meeting ! Enfin, je le dis clairement, je pense que le DTN actuel, Franck CHEVALLIER, devrait démissionner. Quand on voit qu’en 4 ans, entre deux Jeux Olympiques, il n’y a pas eu de progression, il ne faut pas avoir peur de démissionner !

 

ASPC : Et le fait que la Fédération Française d’Athlétisme n’ait pas sélectionné Eddy Delépine pour les JO car il n’aurait pas respecté son suivi longitudinal ? (voir article : pas de JO pour Delépine)

MM : Il y a eu selon moi un problème au niveau fédéral, la FFA avait les moyens de contacter Eddy pour lui indiquer qu’il avait un rendez vous à respecter au mois de juin. Mais c’est à nous en Martinique de mettre en place ce suivi dans notre île !

 

ASPC : En avons-nous les moyens ?

MM : Bien sûr, notamment avec des infrastructures comme le CHU de La Meynard ! Je souhaiterais également pousser un autre « coup de gueule » en direction des politiques : nous avons 4 ans pour préparer les Jeux Olympiques de Londres, donnons-nous les moyens de former des champions ! Nous avons les entraineurs, la technique, les équipements... La politique sportive actuelle fonctionne trop par à-coups, sans planification.

ASPC : Les athlètes martiniquais encore licenciés dans un club de l’île, ne risquent-ils pas en fin de compte d’être obligés de signer dans un club métropolitain, afin d’être suivis correctement ?

MM : Oui, à terme, il n’y aura plus cet esprit de clocher et les athlètes, comme c’est déjà le cas, vont signer dans les grands clubs métropolitains, comme Lagardère.

 

"Je me bats pour la Martinique"

ASPC : Plus précisément, qu’il y aurait-il à améliorer du point de vue de la LRAM, afin d’améliorer la pratique de l’athlétisme à la Martinique ?

MM : Il faut absolument mettre en place les assises de la LRAM : des rencontres afin de décider des objectifs, où on va, ce qu’on veut faire, quelle direction prendre... d’autant qu’il y a une réelle diminution du nombre de licenciés, d’officiels, une régression de l’athlétisme par rapport à d’autres sports, comme le football, que l’on priorise. Il faut créer notamment les assises financières de la Ligue d’Athlétisme, afin d’éviter de se retrouver dans la situation dans laquelle nous sommes.

 

ASPC : A ce propos, qu’en est-il du contentieux entre la LRAM et la FFA ? (NDLR : la LRAM est actuellement en liquidation judicaire à cause d’un déficit important).

MM : Nous sommes sous tutelle fédérale, mais je ne sais pas comment la situation va évoluer. En tous cas cela ne peut pas perdurer. Il faudra qu’une collectivité arrive à faire une politique de haut niveau en Martinique. Les aides de la Région et de la DDJS, (Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports) équivalent selon moi à du saupoudrage. Ces aides dépendent du bon vouloir d’un certain nombre de responsables et politiques !

 

ASPC : Reparlons de votre parcours. Quel est votre meilleur souvenir de votre passé de compétiteur ?

MM : Les JO de Séoul. Nous avons gagné la médaille de bronze au 4x100m et battu le record de France de la distance.

 

ASPC : Quelle différence observez vous entre l’attitude des athlètes aujourd’hui et à votre époque ?

MM : (pensif) Je pense que ce qu’il manque en Martinique mais aussi en France, c’est la motivation. Aujourd’hui on entend beaucoup de lamentations, de « j’ai mal.. ». Il y en assez de les entendre pleurnicher ! A mon époque, il fallait y aller, on se battait pour y arriver, sans compter qu’il fallait trouver un emploi. Il y avait cette fierté d’être Martiniquais. Moi, je me bats pour la Martinique.

ASPC : Vous avez plusieurs casquettes : celle d’entraineur, mais aussi de conseiller municipal. Comment parvenez-vous à allier les deux ?

MM : En tant que conseiller municipal, j’apporte ma participation sur des projets concernant les équipements sportifs foyalais. °Par exemple, au collège la Meynard, j’ai pu mettre en place quatre couloirs de 100m en piste synthétique ainsi que deux aires de saut en longueur. Sur ces infrastructures, il est possible d’effectuer des exercices spécifiques de renforcement ou de survitesse.

 

ASPC : Quels conseils donneriez- vous aux jeunes athlètes Martiniquais qui souhaitent réussir?

MM : De rester humble, d’avoir beaucoup de respect envers les autres, en particulier les anciens athlètes, ceux qui ont apporté beaucoup à ce sport. Ces référents ne sont pas assez mis en valeur sur les stades et les jeunes ne savent pas forcément qui ils sont et ce qu’ils ont fait dans le passé, quel est leur palmarès et leur engagement. Il faudrait mettre à disposition de ces jeunes, des documents expliquant qui sont ces anciens et créer d’avantages d’évènements sportifs qui permettraient de les présenter aux athlètes de la génération d’aujourd’hui. Les gamins ont besoins de rencontres de ce type, mais également avec les athlètes de haut niveau actuel.

ASPC : Enfin en trois mots, comment décririez vous le travail que vous effectuez auprès des jeunes athlètes au sein de l’APRD et votre état d’esprit ?

MM : Je dirais plutôt quatre mots : APRD comme Athlète, Puissant Redoutable et Déterminé !

 


Palmarès
Recordman de France du 100m en 1987, en 10s09
Recordman de monde du 4x100m en 1990, en 37s79
Médaille de bronze au relais 4x100 mètres des jeux Olympiques de 1988 à Séoul
Médaille d'argent au relais 4x100 mètres des Championnats du monde d'athlétisme 1991 à Tokyo
Médaille d'or au relais 4x100 mètres aux Championnats d'Europe d'athlétisme 1990 à Split
Champion de France du 100 mètres en 1987 et 1988

Champion des champions français L'Équipe (avec Bruno Marie-Rose, Jean-Charles Trouabal et Daniel Sangouma) en 1990

 


AF

 

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